Un entretien avec Maurice Berger, pédopsychiatre et psychanalyste, publié dans Le Figaro du 15 novembre, bouscule les idées reçues sur la violence gratuite des adolescents, qui sévit notamment dans les quartiers. Il rejette l’idée qu’elle s’expliquerait principalement par la « ghettoïsation » ou la « stigmatisation ». Il ose même dire que beaucoup de mineurs qu’il a interrogés sont issus de l’immigration originaire du Maghreb et dénonce, dans les familles concernées, un fonctionnement clanique. De quoi indigner la bien-pensance, qui voudrait excuser la et la violence par la sociale et le regroupement forcé.

Il ne s’agit pas de jeter en pâture une partie de la population française ni d’en faire un bouc émissaire. Maurice Berger prend soin de préciser que « ce n’est pas le cas de toutes les familles d’origine maghrébine en France, où prime la solidarité », mais il vise, par son propos, des familles où les codes du groupe supplantent la loi extérieure : au lieu de chercher à ce que leurs enfants acquièrent une pensée autonome et se construisent un projet personnel, elles favorisent le sentiment d’appartenir à un clan. Dans le centre éducatif renforcé où il travaille, il observe que 50 % des souhaitent vivre, à l’âge adulte, dans l’appartement familial ou dans le même immeuble.

Le terme de « ghetto » est donc impropre, car, dans ce cas, la contrainte est volontaire, on aspire à y demeurer. Ce n’est pas, bien sûr, vrai de tous les adolescents ni de toutes les familles : il en est qui cherchent à en sortir, des parents essaient d’inscrire leurs enfants dans d’autres écoles que celles qui reproduisent les ghettos. Mais ceux qui s’y retrouvent se soutiennent. Si l’un deux est en difficulté, il rameute son groupe : « Mes frères vont venir te tuer. » Ces réactions claniques expliquent beaucoup les faits divers de violence, les phénomènes de bandes qui émaillent l’actualité et sont devenus presque banals.

L’auteur s’interroge sur les conditions nécessaires pour qu’un enfant se civilise et ne soit pas condamné à rester un « sauvageon » ou une « racaille ». Il faut, bien sûr, au départ, une famille aimante, qui veuille éduquer ses enfants et leur apprendre le respect de l’autorité. Les dysfonctionnements familiaux ont des effets désastreux : « Donner 3.000 euros à une famille tous les mois n’arrêtera pas, par exemple, un homme de frapper sa femme devant leurs enfants petits, maltraitance qui est souvent liée dans mes recherches à une intégrant l’inégalité homme-femme », déclare Maurice Berger.

Il met aussi en cause le laxisme de la Justice. Il souligne « l’impunité constante concernant la première atteinte aux personnes, qu'[il] appelle le droit de tabassage » : des adultes, pour un mauvais regard, gardent à vie des séquelles physiques et psychologiques, alors que « l’agresseur mineur n’est puni que d’un sursis car il n’était pas récidiviste ». Il explique que « la multiplication des sursis, cette justice de la dernière chance, peut alors être pour ces sujets précisément une perte de chance ».

Cette lecture devrait faire réfléchir les maîtres à penser qui, par angélisme ou par idéologie, sont prompts à victimiser les coupables et à culpabiliser les défenseurs de règles minimales pour vivre en harmonie. Ne faut-il pas, comme conclut Maurice Berger, « relégitimer un principe d’autorité très ferme à tous les niveaux (école, respect de la , etc.) pour restructurer notre fonctionnement collectif et pour empêcher la perte de toute idée de “bien commun” » ?

17 novembre 2019

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