Voilà autre chose : la plage dynamique ! Il sera donc interdit de s’allonger sur sa serviette, contempler l’horizon, bronzer, lire son roman de l’été, feuilleter un magazine people, faire des jeux fléchés, mater les filles et/ou les garçons, manger une glace, sécher après s’être baigné, etc. La liste n’est pas exhaustive et n’a pas encore fait l’objet d’un décret ou arrêté. Mais au train où vont les choses, on peut tout imaginer. Le débat reste ouvert concernant la construction de châteaux de sable : c’est dynamique ou statique ? Reste, aussi, à définir le temps autorisé à rester statique pour se sécher au sortir de l’eau.

En tout cas, c’est le prix à payer si l’on veut sauver la saison dans les stations balnéaires, rapport au coronavirus. En gros, l’État, par le truchement bienveillant des préfets (casquette, claquettes), dit OK aux maires (écharpe tricolore, slip de bain assorti) pour rouvrir les plages, mais Achtung!, pas question de s’agglutiner autour des parasols. D’ailleurs, les parasols… Distanciation physique oblige.

« Distances ! », répétait inlassablement notre chef de section à Saint-Cyr lorsqu’il nous inculquait les bases du crapahut, autrement dit du déplacement tactique. À cette époque bien lointaine, il fallait, d’ailleurs, tout faire au pas cadencé ou de gymnastique. Par exemple, aller au mess, revenir du mess : au pas de gymnastique ! Les poings collés contre la poitrine. Une, deux, une, deux, ou bien (variante à l’américaine) un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un… Ça avait du bon et ça fait des souvenirs, comme on dit.

« Distances ! », donc, et la France devient une immense section d’infanterie. Le risque, ce n’est pas le tir de grenade de l’ennemi posté là-bas, derrière l’arbre en boule, mais le virus qui fait des ravages dans les attroupements. La plage, ça sera donc pareil : « Distances ! » et tout au pas de gymnastique, ou presque. La marche sera tolérée. Ouf, les filles d’Ipanema du camping d’à côté pourront quand même faire leur belle dans leur bikini. Mais la glandouille, la bulle, le farniente : streng verboten! Vous me direz que ça évitera les désagréments du sable qu’on ramène à la maison entre les fesses.

Interdit de rien faire ! Faut que ça bouge ! Comme un air de promesse électorale. Et, bien sûr, c’est pour notre bien… Le Parisien ne le dit pas mais titre « Déconfinement : comment les “plages dynamiques” vont changer nos vacances. » Nous y voilà. Macron nous a expliqué qu’il fallait offrir aux Français des « vacances apprenantes ». Elles doivent être sportives aussi. Un emploi du temps type est possible. Les CRS postés sur leur perchoir ne vont plus savoir où donner de la paire de jumelles : surveiller les baigneurs dans l’eau ou chasser les glandeurs sur la plage. S’il le faut, on y mettra les renforts nécessaires. Christophe Castaner, superbe, dans son costume bleu nuit et chaussé de ses tongs, fera le tour des plages pour voir que tout se passe bien. Que tout le monde porte son bob et fait tout comme on lui dit. Sous le sable, les pavés ?

À lire aussi

Livre : Les Cosaques et le Saint-Esprit, de Bruno Lafourcade

La dernière chronique est datée du 20 mai 2020 mais pourrait l’être du 24 octobre 2020 : «…