François Nicolas, président d’Amaclio Productions, qui crée des spectacles multi-technologiques (projections monumentales/vidéos) valorisant l’Histoire et le patrimoine français, revient sur la difficulté des entreprises culturelles face à l’épidémie de Covid-19. Comment survivre quand ni les rassemblements ni les déplacements ne sont autorisés ?

Portrait d’un entrepreneur engagé, non subventionné par les deniers publics, et prêt à relever le défi.

Vous êtes entrepreneur dans du spectacle. Ce secteur est extrêmement touché par cette crise. Votre entreprise est-elle en danger ?

Cette crise se passe avec beaucoup d’incertitude. Nous ne savons pas du tout de quoi sera fait demain. Le ministère devait annoncer des mesures, mais finalement, nous avons eu droit à une heure et demie de monologue de notre Président sur « Réinventez-vous dans le monde de la ». Heureusement, quelques mesures ont été prises pour les intermittents du spectacle. Certains le méritent vraiment, car ils sont très dépendants des productions de l’été. Tous les festivals sont annulés, alors qu’ils font la majorité de leur chiffre d’affaires à l’occasion des festivals. C’est une panique. Pour certains intermittents qui sont, pour la majorité, des travailleurs, c’est une catastrophe. C’est une misère annoncée, non pas dans six mois ou un an, mais tout de suite. Ces gens sont payés au « cul du camion ». Par conséquent, qu’ils ne sont pas payés, le lendemain, ils ne peuvent pas manger. Des mesures sont indispensables.
Il y a deux mondes dans le monde du spectacle. Le premier est subventionné et le deuxième ne l’est pas, et j’en fais partie. Ce dernier concerne les producteurs privés qui prennent tous les risques et investissent de l’argent dans la création, dans la réalisation des spectacles et dans la promotion. Leurs seuls revenus sont les tickets. Nous ne recevons pas de subvention par le ministère de la Culture ou ailleurs. C’est donc une incertitude complète de ce qu’il va se passer.
Plusieurs sociétés, dont la mienne, ont décidé de nous débrouiller comme nous avons d’ailleurs l’habitude de le faire. Une bonne nouvelle est néanmoins arrivée. L’État français redevient un peu vertical. Nous discutons avec les préfectures et les services départementaux de tout ce qui concerne la sécurité pour aménager nous-mêmes nos spectacles, en respectant bien évidemment toutes les précautions sanitaires d’usage que tous les Français connaissent.

Vous êtes un entrepreneur. Vous êtes donc soumis aux mêmes règles que tous les petits patrons de TPE et PME. On a l’impression que le message de l’État, c’est « Démerdez-vous, réinventez-vous, mais surtout ne nous coûtez pas d’argent »…

C’est clairement ce que nous avons compris. En même temps, c’est ce que nous faisons depuis toujours. Continuons à travailler comme cela. Nous sommes soumis au succès. Si les sociétés ne fonctionnent pas, elles font faillite et ferment. On est donc bien obligés d’être les meilleurs là où l’on est. On est obligé de se réinventer. C’est le propre de l’entrepreneur.

Vous avez fait allusion à toutes ces entreprises théâtrales culturelles subventionnées. On ne connaît pas très bien cet univers. Il faut être dedans pour vraiment connaître de l’intérieur. La part des subventions de toutes ces entreprises est vraiment importante. Sans l’État, la plupart de ces entreprises fermeraient.

La part de subvention va de 10 % à 100 %. Certains festivals sont financés à 100 %. Sur le budget de 10 milliards d’euros du ministère de la Culture, la part consacrée à la restauration de notre patrimoine n’est que de 600 millions d’euros. Ce sujet me tient à cœur puisque avec Bruno Cellier, nous faisons des spectacles basés essentiellement sur de très grands monuments français emblématiques de l’.

Seulement 6 % du budget de la Culture est alloué au patrimoine. Où va l’argent ?

Cet argent va dans les subventions et dans le fonctionnement des nombreux organismes du ministère de la Culture. La plupart sont utiles. Cet argent va aussi dans l’achat des œuvres. C’est important de ne pas laisser partir notre patrimoine mobilier à l’étranger. Beaucoup de subventions sont attribuées à certains spectacles qui ne vivraient pas du prix des billets s’ils ne recevaient pas ces subventions.

Votre entreprise s’est spécialisée dans la mise en valeur de ce patrimoine. Attendez-vous quelque chose de l’État ou êtes-vous plutôt dans « Laissez-moi bosser » ?

C’est plutôt, « laissez-moi bosser ». Amaclio fait vivre une dizaine de petites TPE. Si je ne fais pas mes spectacles cet été, la plupart seront en danger de . C’est aussi pour cette raison que nous sommes très accrochés à les maintenir cet été. Je pense que l’on va y arriver à la fois à la cité de Carcassonne, à l’abbaye du mont Saint-Michel et pour la Nuit aux Invalides que les Parisiens connaissent bien. Nous jouons des éditions différentes presque chaque année depuis 2012. Ce spectacle a un peu plus de 500.000 spectateurs au compteur. Nous devrions le jouer à partir du 8 juillet jusqu’à fin août, si tout se passe bien. J’incite tous les Français à aller voir tous les monuments autour d’eux. Nous regorgeons de plusieurs dizaines de milliers de monuments emblématiques incroyables qui retracent toute l’Histoire de .
Ce sont des « vigiles de » de notre histoire. C’est vraiment cette formule consacrée, même reprise par M. Stéphane Bern. Je les invite à revenir voir tous ces monuments, redécouvrir l’Histoire de France et aimer l’Histoire de France. Si vous ne connaissez pas l’Histoire de France, vous ne pouvez pas l’aimer et vous ne pouvez pas vraiment aimer votre pays. La cerise sur le gâteau, c’est que vous le ferez sans touristes étrangers. On aime beaucoup les touristes étrangers, ils nous font vivre et font à peu près 10 % du PIB national, mais c’est plus agréable de le faire sans cars de touristes japonais ! Je vous incite vraiment à venir les voir.

15 mai 2020

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