Nous le chantions en primaire sans connaître son nom. Nous l’écoutions à la radio sans connaître son visage. Nous le jouions au coin du feu, la guitare en bandoulière. Nous l’invoquions le dernier jour de classe, pour dire adieu à nos professeurs. À nos âges, on ne comprenait pas que Céline ait dû sacrifier ses amours pour remplacer sa mère.

On se levait pour « Santiano », « Hasta Luego », « Debout les gars », ces chansons qui vous font larguer les amarres, engaillardir, prendre le large sur un coup de tête, le sac plein, la tente à bout de bras et le foulard autour du cou ! Le soir, on s’asseyait sur un tronc d’arbre en se racontant les destins de Stewball et du petit âne gris. Pour d’autres, l’aventure se lisait au tableau, sur des portées dessinées à la craie blanche par un professeur qui nous semblait déjà vieux.

Ce chanteur, c’est le très grand . Une légende. Ce dimanche-là, soixante ans après la parution de son premier disque, blouson à franges, santiags et ceinturon, la guitare autour du cou et l’harmonica au bord des lèvres, il attaque par un rock et met toute la salle en émoi. Au premier rang, deux jeunes enfants côtoient, sans le savoir, Marcel Amont. Un couple de fans reconnaît les premières notes de chaque chanson reprise à l’unisson par les quelque 2.500 spectateurs… « Le cœur gros » fait encore couler des larmes.

Entre chaque chapitre musical, Hugues Aufray partage une anecdote, un souvenir, et, à toutes fins utiles, adresse indirectement ces quelques mots au gouvernement : « Je l’ai dit et je redirai : il faut créer un ministère de l’Enseignement. Le travail des professeurs est d’enseigner, non d’éduquer nos enfants. » Ovations.

À l’exception de « Debout les gars », les plus grands succès de son répertoire s’enchaînent, rendant hommage à son cercle d’amis et de poètes disparus : Bob Dylan, Aragon, Rimbaud, Georges Brassens et tant d’autres… Au refrain d’« Hasta Luego », le public se lève enfin, à la stupéfaction de l’idole. Il restera debout jusqu’à la dernière chanson, après un ultime rappel : « La Prière ».

Baroudeur au cœur pur, enfant de la scène, de la Providence et du Béarn, à 90 ans, Hugues Aufray s’apprête à sortir un nouvel album et entame une nouvelle tournée, dès janvier.

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