De l’ivoirité à la francité, la même impasse vers la guerre civile ?

On avait déjà évoqué ici le parallèle entre le risque démographique que connaît la France d’aujourd’hui et celui de la Bosnie-Herzégovine où le nationalisme exacerbé, récupéré par des intellectuels et des politiciens, a été la conséquence et non la cause de la guerre de 1991 à 1995.

Au tournant des années 2000, en Côte d’Ivoire, le concept culturel d’ivoirité, instrumentalisé à des fins politiques sur fond de déséquilibre démographique, a entraîné une décennie de crise institutionnelle continue, ponctuée d’affrontements fratricides.

Les mêmes causes universelles entraînant les mêmes conséquences, vingt ans après, en France, le concept culturel de francité, rarement évoqué en public et pourtant au cœur de tensions intercommunautaires croissantes, risque de conduire au même résultat.

En Côte d’Ivoire, le terme « ivoirité » a été inventé au milieu des années 1970 par un journaliste et repris par un anthropologue. À une époque d’effervescence intellectuelle autour du projet de panafricanisme – qui revient en force -, l’ivoirité était alors comprise comme l’ensemble des valeurs spécifiques que les Ivoiriens pouvaient apporter à la construction de l’unité africaine. Instrumentalisée, vingt ans plus tard, par le futur président Henri Konan Bédié pour écarter de la course à la présidence son rival d’origine ivoiro-burkinabè Alassane Ouattara (actuel président), la symbolique identitaire à des fins politiques a entraîné le pays dans le chaos. Vingt ans plus tard, les Ivoiriens restent individuellement gênés et communautairement divisés sur le sens de ce terme. De plus, la présence actuelle d’au moins trois millions d’étrangers non naturalisés (en majorité Maliens et Burkinabè) sur une population totale de 24 millions d’habitants, présentée comme une marque d’ouverture aux étrangers, cache en réalité une politique de naturalisation extrêmement restrictive visant à limiter l’accès à la propriété foncière et à préserver une clientèle électorale autochtone.

En France, l’immigration par assimilation repose sur l’indifférenciation géographique et culturelle. Le droit du sol et une politique non maîtrisée de regroupement familial depuis la fin des années 1970, habillés de sentiments généreux mais naïfs et nourris d’idées fausses, aveuglés par l’interdiction idéologique de gestion statistique, a créé un déséquilibre démographique et favorisé une ghettoïsation qui ont gravement entamé la cohésion nationale. Pour des raisons identiques de calcul politique, l’establishment mondialisant français qui renie ses origines chrétiennes refuse d’envisager l’identité culturelle autrement que par le terme péjoratif et injuste de repli. Pourtant, toute personne un peu instruite et de bonne foi connaît et reconnaît les origines diverses de la population française et leurs apports enrichissants. C’est en niant les caractères propres au peuple français d’origine ou d’adoption par adhésion respectueuse, en diluant sa culture et en occultant l’histoire constitutive de la nation française telle que des historiens érudits et rigoureux comme Jean-Christian Petitfils nous la décrivent, que l’on a créé la confusion actuelle, laissant la porte ouverte à des cultures étrangères concurrentes et prédatrices qui bénéficient de discrimination positive.

Ainsi, par des chemins différents – dévoiement ou négation de l’identité culturelle – mais pour des raisons politiques et idéologiques similaires, la France se rapproche d’un scénario de guerre civile en comparaison duquel les disputes actuelles de nantis autour de la remise en cause d’avantages acquis mais obsolètes paraîtront bien secondaires.

Comme les pays africains se posent à nouveau la question de leurs apports spécifiques à une possible unité africaine, les pays européens, dont la France, feraient bien de se poser celle de leurs apports respectifs à une unité européenne qui reste à faire. Sous peine de voir le Brexit faire des émules.

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