En quoi la réforme des retraites va-t-elle impacter les avocats ?

Les avocats présentent leur système de retraite comme autonome et non déficitaire. Comme un système qui s’autofinance et ne coûte donc rien, ni aux justiciables, ni aux contribuables. Ils dénoncent cette réforme qui, suivant le Conseil national des barreaux et sa présidente, Christiane Féral-Schuhl, devrait conduire à doubler leurs cotisations qui passeront, pour beaucoup d’entre eux, de 14 à 28 %. Selon le Syndicat des avocats de France et l’Union des jeunes avocats, cette hausse immédiate de nos cotisations retraite aura des conséquences sur tous les avocats, « bouleversant l’équilibre économique de chaque cabinet. Cela signifie moins d’avocats, donc moins d’accès au droit et moins de justice pour tous les Français. » Certaines instances n’hésitent pas à évoquer le nombre inquiétant de 30 % des avocats parisiens qui pourraient ainsi se voir contraints de mettre la clef sous la porte. Devant ce qu’il perçoit comme une véritable menace pour l’équilibre de sa profession, le barreau est donc en grève. Le 3 février prochain, il participera à la grande manifestation des professions libérales.

On assiste, depuis le début des débats, à un bras de fer entre le gouvernement et les syndicats. Quelle débouché prévoyez-vous à cette crise?

Bien sûr, je ne suis pas devin, comme tout le monde je ne peux donc que m’interroger : le président de la République peut-il encore reculer ? La posture prétendue d’ouverture à la négociation concomitante à l’examen du texte au Conseil d’État, telle qu’elle a pu être révélée cette semaine, laisse augurer – au-delà du cynisme – une profonde détermination de l’exécutif à faire aboutir son projet.

Un projet qui ne semble plus, toutefois, ressembler désormais à un régime dit « universel » mais qui regroupera très certainement… de nombreux régimes « spécifiques » (métiers risque-vie, danseurs, pilotes, notaires…) ! De sorte que l’on ne sait plus très bien qui, du projet initial ou de la crédibilité de la parole de l’exécutif, l’on cherche le plus, aujourd’hui, encore à sauver.

reste très éloigné du débat, après le crash de Delevoye, c’est Édouard Philippe qui a pris le relais. Comment interpréter ce silence ?

Là non plus, je ne prétends guère à une expertise de médium. Est-ce la stratégie bien connue du fusible ? Après Delevoye, potentiellement Philippe ou un autre ? Est-ce une stratégie visant à se réserver la possibilité d’endosser le costume du sauveur magnanime lorsque le dossier viendra s’échouer sur les récifs de l’Assemblée ?

Ces manifestations sont bien souvent une succession d’affrontements entre Black Blocs et forces de l’ordre souvent en roue libre. Mais la répression judiciaire semble épargner ces deux protagonistes au détriment du reste des manifestants. Quel est votre sentiment ?

Mon sentiment est que la Justice doit évidemment se montrer aussi inflexible envers ceux qui défient la police qu’envers la police elle-même, dès lors qu’elle n’agit plus dans le cadre de la loi. Ce que vous dites a déjà été observé l’année dernière lors de la répression judiciaire des gilets jaunes. On a, en effet, alors pu mesurer combien les Black Blocs parvenaient à échapper aux autorités après la commission de leurs méfaits. Laissant bien souvent comparaître en leur lieu et place, devant les juges, ceux qui manquaient justement de leur « professionnalisme ». C’est-à-dire ceux qui, sans leur savoir-faire, s’étaient laissés piéger plus facilement dans les nasses géantes des forces de l’ordre.

Il est évident que, sur le terrain, il faut absolument du professionnalisme et de l’apaisement. Le climat est tel que le pouvoir ne peut plus se permettre de commettre les mêmes « erreurs » que lors de son traitement passé des émeutes des gilets jaunes. C’est-à-dire qu’il ne peut plus se permettre de dépêcher sur les lieux des unités de police non formées et non entraînées à certaines missions tout en les dotant d’armes dites intermédiaires tels que des LBD. Ces comportements déraisonnables ont, en effet, conduit à une multiplication de bavures et d’accidents parfois gravissimes sur les manifestants. Les policiers chargés de gérer les émeutiers doivent être dûment formés et équipés pour cela. Ils doivent intervenir dans le respect scrupuleux de la loi et agir avec discernement pour tenter d’endiguer l’escalade des violences. Lorsqu’ils doivent recourir à la force légale et légitime, ils doivent en outre pouvoir compter en amont sur le soutien de leur hiérarchie et du pourvoir politique. En aval, il est enfin impératif qu’ils puissent également compter sur la Justice.

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