Le ministre est présumé coupable, en tout cas pour de petits groupes de féministes que j’ose qualifier d’hystériques et qui manifestent, quand elles le voient, en l’invectivant : Darmanin violeur ! et en traitant parfois Dupond-Moretti de complice.

Pour ce dernier, le lien qui est fait est proprement scandaleux parce qu’aucun des propos qu’il a proférés – lors des audiences Tron ou dans des débats médiatiques – sur le féminisme, MeToo, la légitimité de ces causes et leur dévoiement possible, n’a été indigne. C’était sa liberté d’expression et, sauf à considérer que certains sujets appellent une sanctification de principe, rien de ce qu’il a dit ne méritait l’opprobre des féministes enragées. Il a, d’ailleurs, parfaitement mis les choses au point au « Journal » de France 2 le 19 juillet.

Pour Gérald Darmanin, il est permis d’être surpris par les étranges péripéties qui ont conduit une plaignante – qui a laissé passer huit ans avant de se mobiliser judiciairement – à affirmer avoir été violée par lui en 2009. Avec un récit qui, en tout cas de l’extérieur, pour un observateur de bonne foi, peut prêter à incertitude.

Il n’est pas neutre non plus que la procédure, avec un classement sans suite et une ordonnance de non-lieu, n’ait pas validé la thèse de la plaignante. Certes, une réouverture d’instruction a été ordonnée avec ce qui aurait dû être accompli tout de suite : une confrontation entre la plaignante et celui qu’elle continue d’accuser. Rappelons son activité de call-girl, avec passage dans un club échangiste puis une ou deux relations sexuelles avec Gérald Darmanin.

Pourrait-on suggérer aux féministes dangereuses qui ne se soucient pas de l’État de droit et de la présomption d’innocence de laisser le ministre travailler en attendant l’issue judiciaire, comme le font le pouvoir et les citoyens ? Pourrait-on les persuader que rien n’est plus choquant que de hurler « Darmanin violeur » alors qu’elles n’en savent rien et qu’elles ne sont inspirées que par une haine sexiste ?

Il est navrant de constater le dévoiement de la belle cause de l’égalité entre les hommes et les femmes par l’irruption d’une idéologie qui incite des militantes à ne jamais questionner les relations faites par des femmes s’affirmant agressées. Elles les croient sur parole, sans jamais la moindre suspicion. Pour elles, l’homme incriminé ne peut être que naturellement coupable. Non seulement celui-ci, quelles que soient les circonstances, ne sera jamais présumé innocent mais la plaignante, immédiatement qualifiée de victime, ne sera jamais présumée insincère.

Pourquoi, dans cet univers de la séduction, de la force, de la violence, de la surprise ou de la contrainte, conviendrait-il par principe de faire pencher la balance de la Justice en faveur de la femme quand l’homme serait forcément un agresseur ? Est-ce trop demander à ces féministes dangereuses que de suspendre leur jugement le temps que survienne un véritable jugement, non pas celui de la rue ou des réseaux sociaux ?

S’il reste un zeste de présomption d’innocence à Gérald Darmanin, il le doit au Président et au Premier ministre Castex – et à ses propres dénégations – qui rappellent ce principe et en maintiennent l’application à son bénéfice.

Reste que j’admets qu’on puisse être déstabilisé par la politique parfois contradictoire du pouvoir au sujet des ministres, les uns devant partir, les autres rester, sans qu’on puisse dégager aisément une ligne directrice.

On peut s’étonner, aussi, qu’apparemment le gouvernement ait minimisé l’impact choquant qu’aurait, pour certains, la nomination de Gérald Darmanin en qualité de ministre de l’Intérieur. Sans deviner ce qu’un féminisme impatient et expéditif allait en tirer.

Les féministes dangereuses veulent qu’il parte, les citoyens, les policiers, qu’il reste.

Attendons l’aboutissement de cette trop longue histoire judiciaire.

Extrait de : Justice au Singulier
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