C’est une sombre affaire qui remue Canal+ et dont la victime, atteinte de syndrome post-traumatique, hésitait encore à parler un mois après les faits… Il s’agit d’Annabelle Lengronne, comédienne de son état, actuellement sur les écrans dans Filles de joie.

C’est Le HuffPost qui nous rapporte l’histoire. Elle commence ainsi : « Il y a environ un mois, le 23 juin, la comédienne sénégalaise Annabelle Lengronne est invitée sur le plateau de « Ciné Le Mag », une émission diffusée sur Canal+ Afrique. » Ce préambule est intéressant, car si Mlle Lengronne a la peau sombre, elle est 100 % française. Même pas binationale, française. En Martinique jusqu’à ses 18 ans, elle n’a jamais poussé sur la terre de ses ancêtres sénégalais. Il faut donc croire que Le Huff confond couleur de peau et nationalité…

Bref, voilà l’histoire horrible telle que la pauvre Annabelle la rapporte sur sa page Facebook :

« J’ai hésité avant de partager cette expérience. Je n’ai pas envie de me taire.

C’est avec plaisir que je me suis rendu (sic) le 23 juin dernier à l’enregistrement de l’émission Ciné le Mag pour Canal+ Afrique.

En tant qu’invitée je répondais aux questions de Claire Diao jusqu’à ce qu’un homme fasse irruption sur le plateau, m’interrompe et au seul son de sa voix m’intime l’ordre de ne pas évoquer la personne que je venais de citer.

Je ne faisais que répondre à la question suivante : “Quelle femme noire est pour vous source d’inspiration ?” J’ai eu le malheur de répondre : “”.

Face à son hostilité, je n’ai pas eu la possibilité de poursuivre. J’ai subi la censure.

Assa Traoré a perdu son frère dans des conditions que la justice française peine à éclaircir près de quatre ans après les faits.

Si on m’avait laissé (sic) m’exprimer j’aurai (sic) dit combien je trouve sa détermination tout simplement hors du commun. A mes yeux elle est une source d’inspiration pour toutes les victimes qui attendent vérité et justice.

Ma vérité n’aura finalement pas droit de cité. J’ai été coupé (sic) au montage. Triste époque. »

Le censeur est Frédéric Dezert, directeur des programmes de Canal+ Afrique. Il assume d’avoir fait couper au montage le passage en question : « Assa Traoré est un sujet franco-français et n’avait aucun rapport avec le cinéma ou notre public africain. […] Ce n’est pas de la censure. » Autrement dit, les Africains d’Afrique ne se sentent nullement représentés par la famille Traoré et la sœur d’individus « bien connus des services de police » n’est pas leur égérie. Ils nous la laissent bien volontiers.

La présentatrice de l’émission l’a fort mal pris, son équipe aussi. Voici ce qu’en dit, cette fois, la Franco-Burkinabè Claire Diao (on juge utile de nous donner sa nationalité, donc je précise) :

« Mardi 23 juin 2020, le tournage de l’émission Ciné Le Mag que j’anime depuis janvier 2019 a été interrompu (sic) par le directeur des programmes alors que l’invitée Annabelle Lengronne venait de citer le nom d’Assa Traoré comme figure féminine inspirante. Cette intervention a mené à la suppression de l’invitée du montage livré par les producteurs à la chaîne et diffusé ce 11 juillet 2020. Suite à la pression puis à la menace d’éviction de notre équipe par la production suivis (sic) par plusieurs pourparlers avec la direction de Canal+ Afrique, notre équipe qui a animé avec passion et professionnalisme cette émission depuis 82 épisodes a le regret de vous annoncer son départ. Un grand merci à toustes les invité.e.s, technicien.ne.s et professionnell.e.s qui nous ont accompagné (sic) tout au long de ces 2 saisons et bonne chance à celles et ceux qui reprendront le flambeau malgré les conditions précaires que nous avons trop longtemps accepté (sic). »

On notera que Mme Diao pratique mieux l’écriture inclusive que l’accord du participe passé. On notera surtout que tout ce remue-ménage autour de l’affaire Traoré n’alimente qu’un parisianisme gaucho-ethnico-bobo dont l’Afrique semble se foutre éperdument.

20 juillet 2020

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