Sur BFM TV, le journaliste qui raconte l’histoire appelle cela pudiquement « un malentendu sur fond de polémique internationale » : Karen Attiah, journaliste du très puissant Washington Post, et dotée elle-même de 200.000 abonnés – donc pas tout à fait la juvénile stagiaire arrivée la semaine dernière -, a affirmé dans un tweet, samedi, qu’ allait donner « des numéros d’identification aux enfants musulmans pour aller à l’école ».

Un journaliste du Huffington Post, en bon camarade, fait avec miséricorde l’hypothèse d’une « traduction faite un peu trop vite ». La dame aurait mal compris le principe de l’INE (identifiant national étudiant) qui est attribué à tous les élèves depuis 1995 et doit être produit lors de l’inscription sur Parcoursup.

Relayée également par le média londonien Muslim Vibe, l’assertion a été reprise, toujours sur Twitter, par Shireen Mazari, ministre des Droits de l’homme pakistanais, dont on pourrait penser, pourtant, qu’elle a déjà quelques gros dossiers à traiter dans son propre pays… mais il est vrai que, là-bas, le terme « homme » n’englobe pas nécessairement les femmes et les chrétiens. Celle-ci a donc renchéri, accusant, rien de moins, la France de faire subir à ses coreligionnaires « ce que les nazis infligeaient aux juifs »… on connaît la rhétorique désormais bien huilée.

On pourrait railler tout cela, s’étonner qu’elle ne se soit pas émue, aussi, de ces cahiers d’appel, de ces listes de cantine fichant tant de petits musulmans ni des odieux numéros de matricule dans leur dos, sur les terrains de foot… c’est d’ailleurs la voie choisie – de façon discutable, car le second degré est à manier avec précaution à l’international, cette forme d’humour n’étant pas universelle – par Cédric O , encore sur Twitter : « En effet. Et nous buvons aussi le sang des bébés pour le petit déjeuner. » Oui, on pourrait s’en moquer si ce n’était pas si grave et même criminel, si la France n’était pas la cible récurrente d’attentats islamistes abjects, si certains de ces terroristes ne venaient pas du Pakistan et si, à l’instar des plumes emportées par le vent du poulet de saint Philippe Néri, il n’était pas absolument impossible de rattraper la rumeur désormais répandue à travers le monde musulman.

Au bout de 24 heures, ladite journaliste a fini par supprimer son post. Le ministre pakistanais aussi.

On notera que toutes deux l’ont fait de leur propre initiative. Twitter, si prompt à censurer – par pur souci d’honnêteté ! – tant l’anonyme bouseux comptant ses followers sur les doigts d’un manchot que le président des États-Unis, n’a, semble-t-il, pas jugé bon d’intervenir. Il est vrai que la grossière « fake news » ne met en danger QUE 68 millions de Français sur le sol national ou à travers le monde. Sans doute un ongle à limer ou un menhir à livrer ?

On notera, aussi, que Karen Attiah a présenté ses excuses… mais a enfoncé le clou : « Le reste du tweet tient toujours » et la France est bien coupable « d’islamophobie » ou, pour le dire autrement, je fais une démonstration en m’appuyant sur une preuve qui, tout compte fait, n’existe pas, mais la conclusion reste vraie. Pourquoi se gêner ? Beaumarchais l’a tellement bien dit : « Prouver que j’ai raison serait accorder que je puis avoir tort. » D’autant qu’elle bénéficie d’un soutien de poids… en la personne de Rokhaya Diallo : « Merci Karen ! Que cela vous plaise ou non, nos opinions sur notre pays traversent les frontières. La France ne peut plus vendre le mythe de son modèle de coexistence avec sa philosophie dite universaliste et daltonienne. »

Il fut un temps où l’on niait les mensonges. Où l’on cherchait à les cacher ou à les justifier. Aujourd’hui, on les assume. Mieux : on les accueille comme des cadeaux. Avec reconnaissance et fierté. Ils ne sont pas vrais mais auraient mérité de l’être. Et c’est tout ce qui compte, n’est-ce pas ? Merci Karen ! De toute façon, aux États-Unis, on le sait, il n’est de post-vérité que trumpiste, c’est la vérité vraie.

23 novembre 2020

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