Editoriaux - Société - 4 février 2019

Damned ! Mary Poppins était raciste et nous ne le savions pas !

À Noël dernier, une créature mythique a fait son retour sur les écrans, pendue au bout d’un cerf-volant : “Marie Poppins is back!” ont crié les vieux enfants, des étoiles plein les yeux. Signe certain d’émerveillement, à moins qu’il ne s’agisse des petites lucioles d’une hypotension postprandiale fréquente chez les sexagénaires… Car si Mary Poppins is back, c’est qu’elle avait déjà fait un tour sur cette basse terre. En 1965.

Ah, Mary Poppins… Une fête familiale. Je ne parle pas du film mais de mon souvenir de petite fille quand papa maman et les six enfants, nous sommes partis main dans la main vers le cinéma Le Palace. Ça n’arrivait pas souvent (huit places pour un petit budget, et pas de “passe-culture” à 500 euros), alors pensez comme j’en ai gardé un souvenir ébloui !

C’est de cela, voyez-vous, qu’il me faudrait aujourd’hui me repentir. Affreuse gamine que j’étais alors, je n’ai pas vu, pas su, pas entendu – en un mot, pas compris – que je regardais là un monument du racisme primaire et viscéral. Et vous non plus, mes chers parents qui me lisez depuis votre nuage… Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa, la honte sur moi, les mains tordues et la cendre sur la tête : je n’ai rien saisi de cette ignominie en Technicolor®.

Dieu merci, il n’est jamais trop tard pour se repentir. Je remercie donc monsieur Daniel Pollack-Pelzner, professeur d’anglais à l’université de l’Oregon, de nous ouvrir les yeux. Cette éminence vient, en effet, de l’affirmer et surtout de le démontrer dans les colonnes du New York Times : Mary Poppins est un film éminemment raciste.

La ravissante Julie Andrews, dont nous avons tant fredonné les chansons (on avait acheté le vinyle de la BO qui passait dix fois par jour sur le tourne-disques), nounou à la séduction féerique, avait en fait l’âme aussi noire que ses ramoneurs. Car là est la preuve, dit M. Pollack, lequel affirme (traduction dans Vanity Fair) : “La scène des ramoneurs sur les toits de Londres est la pire de toutes puisqu’elle met en lumière des blackfaces – qui consiste à se colorer le corps pour se déguiser en une personne noire. Une pratique raciste, déplacée et héritée du passé colonial des États-Unis.”

Ououhhh… Il faut dire que le diable est bien pervers qui ose couvrir de suie les ramoneurs ! Et pourquoi la suie est-elle noire, je vous le demande ? Parce qu’elle est raciste, elle aussi. CQFD.

Mais il y a pire. M. Pollack, homme de littérature, est allé fouiller dans les nouvelles dont le film est tiré. Et là, horreur et putréfaction, il débusque dans Mary Poppins ouvre la porte (paru en 1943) cette épouvantable réplique : ouvrant la porte au ramoneur couvert de suie, la femme de ménage s’écrie “Ne me touche pas, noir sauvage !” Poussant plus loin encore ses investigations, Pollack remonte aux origines du mal, soit un roman écrit par Pamela L. Travers en 1934, dans lequel on retrouve le personnage de « la négresse ». Horreur qu’il décrypte pour le New York Times : on voit là une femme qui “porte peu de vêtements et passe son temps assise sous un palmier, une couronne en feuilles sur la tête”. Or, dans Le Retour de Mary Poppins, “une scène montre Emily Blunt et Lin-Manuel Miranda en train de danser devant une cabane en paille, la même dessinée par l’auteur en 1934 pour illustrer sa pensée”.

Je vous le dis franchement, je suis atterrée. Effondrée. J’aimerais remonter le temps, m’accuser, m’excuser, faire pénitence : comment ai-je pu être aveuglée par les tours de magie de cette Mary Poppins ? Comment n’ai-je pas débusqué l’âme noire sous le parapluie ? Pitié, plus jamais ça !

Dans ma grande naïveté, je pensais que le New York Times était encore un journal sérieux. Je vois qu’il est, hélas, contaminé par l’incommensurable bêtise qui dévore la société américaine et envahit le monde. C’est ainsi que meurent les civilisations.

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