Il y a le nez de Cléopâtre : eût-il été plus court, la face du monde en aurait été changée. Et il y a la place de deux bouteilles d’une marque de soda américaine, la première en part de marché : fussent-elles restées dans le champ de la caméra lors de la conférence de presse de Cristiano Ronaldo, la capitalisation boursière de la multinationale qui produit et vend cette boisson ne se serait pas réduite de quatre milliards de dollars. Mais le joueur phare de l’équipe portugaise a préféré montrer ostensiblement une bouteille d’eau, plus conforme à l’hygiène sportive. L’action de la firme en question a baissé de 1,6 %, mais elle s’en remettra, si ce n’est déjà fait.

Le lobbying de cette marque travaille quotidiennement à cacher sa part de responsabilité dans la pandémie de diabète mondiale et elle ne recule pas au financement d’études qualifiées de scientifiques dont les conclusions tendraient à innocenter le sucre qu’elle contient. Elle est aussi un sponsor de cet événement footballistique qui occupe le temps de maints cerveaux disponible entre deux pages de publicités et qui s’appelle Euro, paraît-il. Attention à ne pas le confondre avec la monnaie.

Il faut s’interroger sur la fragilité de ces entreprises titanesques. Un (relatif) non-événement, certes médiatisé, a déclenché un mini-séisme financier. Il n’a pas été très violent sur l’échelle de Black Thursday des krachs boursiers. Pourtant, comment ne pas voir dans cette volatilité extrême un symptôme de la bulle, cette surévaluation des actifs par rapport à une valeur intrinsèque moins contestable ? Les outrances du capitalisme financier mondialisé n’ont pas fini de surprendre.

Cristiano Ronaldo a craché dans la soupe, ce qui n’est pas bien. Son statut de joueur d’exception le lui permet sans danger : il ne sera pas sanctionné. Peut-être est-ce un privilège, mais il a clairement choisi de dénoncer l’incongruité d’un tel sponsor pour une compétition sportive. Merci à lui ! Il est bon que des bénis du système puissent résister (parfois, trop rarement ?) au rouleau compresseur des affaires pour des questions morales. Le talentueux Sonny Bill Williams avait fait de même dans le rugby en préférant écouter sa conscience plutôt que laisser l’argent l’anesthésier.

Une digression pour un autre message. Lui aussi échappe au consensus orchestré par ces marques qui veulent s’arroger le droit de gouverner à la place des États. Un ULM s’est posé sur un des stades pour dénoncer un autre sponsor, un pollueur de constructeur automobile. Le geste tombera lui aussi dans l’oubli, sans doute, mais en termes de propagande, c’était spectaculaire. Gageons qu’au Qatar, il sera impossible de détourner l’attention du spectateur des logos qui se servent si bien de la vitrine du sport médiatisé.

Soyons clair : je trouve ce geste de Cristiano Ronaldo sympathique, louable et légitime. Mais je reste branché et il n’est pas question, pour moi, d’interrompre presque quarante ans à m’abstenir de regarder des millionnaires en short courir après un ballon stupidement rond à la télévision. Depuis une rencontre jouée à Séville en 1982, pour être précis.

16 juin 2021

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