Il y avait foule, ce mardi 15 juin, pour assister à la remise des insignes de grand officier de la à Édouard Philippe. De droite (Juppé, Larcher), du centre (les marcheurs) ou même mis en examen (Ferrand), les plus hauts personnages de l'État avaient fait le déplacement.

Comme pour un banquet final d'Astérix, où les Gaulois se retrouvent après s'être bagarrés, on s'aperçoit, en ce genre de circonstances, que toutes ces prétendues querelles politiques sur « les valeurs » de tel ou tel camp n'ont pas d'importance. Tout le monde, en fin de compte, sait bien que le poisson d'Ordralphabétix n'est pas frais. On est en famille. Il n'y a pas d'enjeu. Pas besoin de faire semblant de ne pas être d'accord.

Le Président (qu'il est intelligent !) a prononcé un discours qui mettait habilement en perspective la lutte acharnée que le a menée, avec discernement et bienveillance, contre la monstrueuse pandémie qu'il n'est pas besoin de nommer. Il a également (qu'il est spirituel !) ironisé sur la « barbe marbrée » de son ancien Premier ministre, qui blanchissait d'inquiétude au fil des restrictions. En cela, concluait-il, avec légèreté « et en même temps » gravité, Édouard Philippe fut pour les Français « le visage de la crise ». Pas très aimable pour Jean Castex et ses conférences de presse dignes de la IIIe République, mais au fond assez juste.

On peut être tenté de voir dans cette cérémonie de rassemblement - un petit peu dérisoire - une sorte d'adoubement républicain. Édouard Philippe, très apprécié des électeurs, pourrait, en 2022, remplacer un Emmanuel Macron devenu parfaitement ridicule. Candidat à la présidentielle, il s'imposerait alors comme un nouveau saint Georges, partant terrasser la bête immonde avec cette urbanité et cette ironie qui sont sa marque de fabrique.

Ce serait un choix rusé : Édouard Philippe prend les choses avec intelligence et tempérance. Il est rassurant et pugnace. Il n'a pas cette exaspérante prétention, cet histrionisme verbeux, cette morgue lénifiante qui ont rendu son patron insupportable. Il semble se tenir à distance des événements, sans les négliger : il rassure, il n'écrase pas. Ce serait bien difficile pour Marine Le Pen de trouver un angle d'attaque contre lui, à part rappeler qu'il a été solidaire de toutes les décisions de Macron et que l'embrasement des gilets jaunes, à cause des 80 km/h et du prix du carburant, c'est lui.

Voilà peut-être un début de reconfiguration du paysage politique. Peut-être, a contrario, un moyen de neutraliser les velléités de l'ancien qui a entamé un tour de apparemment triomphal et menace indirectement la « start-up nation » en se rendant au contact, « en régions » (ou « dans les territoires », on peut dire les deux). On se perd en conjectures.

On verra bien ce que décidera le héros poivre et sel. Pour l'instant, bravo à lui. Même si cette dignité est un droit statutaire, pour tous les chefs de qui ont servi deux ans ou plus à leur poste, cette théâtralisation n'est pas anodine.

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16 juin 2021

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