Les diverses passations de pouvoir ne furent qu’effusions, embrassades et tapes dans le dos. Quelques larmes, aussi… Nicole Belloubet tombe dans les bras d’Éric Dupond-Moretti. Le coup de foudre. « Nous étions faits l’un pour l’autre, mais déjà nous devons nous quitter. » Une étreinte furtive et puis c’est la séparation. Déchirante. Deux destins se sont croisés, tout les rassemblait et puis… Ils auraient pu garder les Sceaux ensemble. Peut-être même en concevoir d’autres. Ah, si Emmanuel avait voulu…

Au diable gestes barrières et masques chirurgicaux, l’heure est au romantisme ministériel. Du côté de l’Agriculture, c’est au tour de Didier Guillaume de se découvrir une passion soudaine pour son successeur Julien Denormandie. Ah, la Normandie… Et les voilà s’enlaçant. « Tu portes le nom d’une si belle région. Dans mes bras ! Que dirais-tu d’un week-end à Deauville ? » L’assistance, masquée jusqu’aux oreilles, applaudit ces deux cascadeurs du Covid-19. Quelle abnégation dans la passation.

Face à son journal de 20 heures, le Français qui n’a pas embrassé sa femme depuis quatre mois n’y comprend plus rien. L’un espère peut-être contaminer l’autre ? Le baiser de la mort avant la prise de fonction ?

À la Culture, les deux protagonistes se montrent plus timides. Dans son ensemble bleu marine façon pyjama, Roselyne effleure à peine Franck Riester. « Viens chez moi, j’habite un hôpital », semble-t-elle lui dire. Bref, les effusions seront pour plus tard. Ailleurs. Sous contrôle médical. Par précaution, la distanciation sociale a été ramenée à trois centimètres. Un fossé… Un gouffre pour deux ministres en pleine passion « passationnante ».

Dépourvues, elles aussi, de masques, Barbara Pomipli et Élisabeth Borne ne peuvent réprimer un toucher de bras affectueux. Après seulement un an passé à la Transition écologique, la seconde est émue comme à un départ en retraite après quarante ans de bons et loyaux services. L’ivresse du moment, les boules de pétanque et la mini-éolienne qu’elle a reçues en cadeau lui ont fait oublier les gestes barrières. « Elle fait aussi moulin à café », lui a précisé l’un de ses ex-collaborateurs. « Ah, il ne fallait pas… »

Interloqué, le Français pourrait ignorer l’exigence de masques dans certains lieux publics. À l’entrée d’un grand magasin : « C’est pour une passation de pouvoir. » Ce à quoi le vigile répondra en ouvrant la porte : « Dans ce cas… Allez-y. Les mouchoirs sont au fond à gauche. »

À lire aussi

Covid-19 : des chiffres de mortalité à la louche

Des chiffres donnés à la louche, un bilan à prendre avec des pincettes... …