Aux côtés de Jérôme Salomon annonçant, chaque soir, l’hécatombe entraînée par le coronavirus, le monsieur ou la dame chargée de la traduction en langage des signes peinait à suivre. « 5.000 puis encore 2.000 et remettez-moi z’en 500, ah, tiens, j’en avais oublié 150. » Au sortir de la séance, une équipe de kinésithérapeutes massait les articulations endolories, les épaules luxées. La mission n’était pas de tout repos.

Infatigable, le marathonien du faire-part de décès revenait, le lendemain soir, pour une annonce encore plus grave. Le bilan s’alourdissait, les chiffres montaient. De plus en plus, de pire en pire… Et à demain, si vous le voulez bien !

Alors que le recordman s’est retiré de la compétition, l’officine de l’INSERM chargée de dresser un bilan de la mortalité affirme, au Journal du dimanche, ne pas être en mesure, pour l’instant, de livrer des chiffres précis. Manque de bras. Seulement trois personnes affectées à ce comptage pour 600.000 décès annuels, alors que l’Allemagne dispose de 50 employés pour 950.000. La directrice adjointe du CépiDc (Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès) affirme : « Nous n’avons plus assez de gens pour produire les données dans des délais raisonnables. » En manque d’effectifs, les comptages pour 2017, 2018 et 2019 ne sont pas encore finalisés.

Sur la base de ce constat, il est regrettable que Jérôme Salomon ne se soit pas muni d’une louche de cuisine pour annoncer le bilan du jour. « Mesdames messieurs, selon les estimation de Santé publique France, nous avons comptabilisé 1.500 décès à la… » Et hop ! il montrait la louche.

Cette même Santé publique France déclare au JDD qu’indépendamment de l’impossibilité d’évaluer la mortalité à domicile, l’évaluation faite à partir de données INSEE est « susceptible d’être surestimée ». Certains décès en EHPAD seraient des « suspicions de Covid-19 ». Malgré un interrogatoire musclé, les malades ont refusé d’avouer.

L’affaire s’embrume avec ce passage de l’article : « Seule la mortalité dite “toutes causes confondues” a été analysée pour estimer “l’excès de mortalité”. Or, en l’absence d’indications sur les circonstances des décès l’estimation reste peu fiable. » Faut-il comprendre que des accidentés de la route, des suicidés et d’autres causes de mortalité ont pu se retrouver classés Covid ? Des chiffres donnés à la louche, un bilan à prendre avec des pincettes… La cuisine prend forme.

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