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Coronavirus - Editoriaux - Société - 30 mars 2020

Coronavirus : le confinement, fléau pour les personnes fragiles

Dans un contexte pandémique, pointer du doigt le confinement est un exercice compliqué. Nombreux sont ceux qui veulent y croire, convaincus par un raisonnement simple, persuadés qu’on maîtrise le procédé ou qu’on peut confiner impeccablement 68 millions de gens sur 640.000 mètres carrés uniformément, inconditionnellement et efficacement. Tristement, la réalité se rappelle à eux et l’on comprend qu’un confinement drastique est, en réalité, inapplicable, encore moins sur du long terme. Quoi qu’on puisse espérer dans un monde théorique, celui-ci ne produit pas les effets escomptés. Il aurait même tendance à accentuer le problème, si on en croit les pays qui tiennent l’épidémie en haut du tableau. Il serait dommage de s’obstiner des semaines encore face à cette réalité ; ce que notre gouvernement, aux compétences incontestables en décisions « bazardeuses », compte pourtant bien faire.

Il est trop tôt pour expliquer à nos concitoyens tout ce qui fait qu’un confinement généralisé, à l’aveugle, sans dépistage et sur un pays entier n’est qu’une grosse bêtise, et un remède bien pire que le mal. Des gens y travaillent, en espérant que des pays procéderont à des tests sérologiques de masse, comme l’envisage l’Allemagne. Nous aurons tout le temps de constater notre incurie et ses dégâts, puisque ceux-ci seront visibles sur le long terme. Aujourd’hui, nous ne sommes pas prêts, la psychose n’aidant pas vraiment.

Espérons, cependant, que les dispositions drastiques désormais applicables aux hôpitaux et aux EHPAD nous aident à réviser ces certitudes. En effet, il est des gens qui doivent souffrir d’un double isolement. L’EHPAD et l’hôpital sont déjà un isolement en soi, plus encore en cette période de confinement. Les visites des proches étaient déjà drastiquement réduites puis supprimées, et les contacts avec le personnel limités. Mais il faut, à présent, procéder à un isolement supplémentaire, au sein des structures, avec un confinement strict dans les chambres. La vie de ces personnes, pourtant les plus fébriles d’entre nous, consiste alors à attendre le prochain signe de vie. Sinistre.

Le fonctionnement des EHPAD, en France, était déjà un symptôme en lui-même de la place que nous accordons aux personnes âgées et dépendantes. Au point que nous croyions, il y a peu de temps encore, que le gouvernement allait traiter en profondeur ce sujet. Pourtant, faisant fi du besoin fondamental de ces personnes (la relation), les couper de tout lien alors qu’elles vivent la dernière partie de leur existence est pour beaucoup une souffrance terrible ; et pour certaines, ce sera le coup de grâce, sans autre virus que le mal de vivre.

Nos personnes fragiles ont plus que jamais besoin de nous voir, de nous entendre et que nous les accompagnions. Médicalement, bien sûr, et humainement, sans y faillir, en évitant à tout prix de les priver de leur raison de vivre.

L’Histoire nous montre que la mise à l’écart des personnes les plus fragiles consiste essentiellement en un mouvement psychologique et archaïque pour résoudre les crises, particulièrement dans des contextes liés aux maladies et aux épidémies. Les civilisations judéo-chrétiennes nous avaient extraits en partie de ce type de réflexes peu rationnels. Le confinement, plus encore que la quarantaine, n’est-il pas, en définitive, un simple révélateur de notre civilisation postchrétienne ? Nous semblons retrouver tous les réflexes d’antan, empreints de mimétismes et de superstitions, en les parant de belles intentions et de bons sentiments.

Mais tout ceci est un cercle vicieux, le confinement appelant le confinement, jamais assez parfait pour les plus paniqués. Nous avons fabriqué un piège, et le voici désormais qui se referme en priorité sur les plus fragiles et les plus précaires d’entre nous.

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