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Editoriaux - Politique - 30 mars 2020

Boris Johnson, le conservateur révolutionnaire

Au milieu d’un message au peuple britannique, lâche une petite phrase anodine.

Le Premier ministre, dans une petite vidéo via Twitter, souligne l’importance des mesures de confinement. Oui, cela va d’abord aller plus mal, mais après, cela ira mieux… Il remercie particulièrement les médecins, infirmiers et ambulanciers retraités qui viennent de se porter volontaires pour renforcer les personnels actifs du Service national de santé en ces moments difficiles.

Et alors ?

Bon, c’est vrai, cette mobilisation est un succès – vingt mille personnes qualifiées en renfort sur le front sanitaire en une seule semaine – mais l’exercice du tweet ou de la petite vidéo relève, aujourd’hui, de la routine politique. Question platitude, BoJo ne fait pas mieux que Sibeth Ndiaye, en l’espèce. Le message sympa, quoi ! Merci d’avoir répondu présent, la nation reconnaissante, c’est gentil d’être venu…

Eh bien, vous avez raté le principal.

Allez, réécoutez BoJo !

Oui, là, la petite proposition incidente, anodine : « One thing I think coronavirus crisis has already proved is that there really is such a thing as society… »

« Entre autres choses que la crise du coronavirus a mises en évidence, je pense qu’il existe vraiment quelque chose qui s’appelle la société… »

Cela ne vous dit rien ?

Boris Johnson, Premier ministre conservateur, vient tout simplement de piétiner délibérément la tombe de Margaret Thatcher, dont toute la philosophie politique reposait sur la négation néo-libérale, quantitative, arithmétique et technocratique de l’existence même d’une société organique.

« I don’t think there is such a thing as society » (« Je ne pense pas qu’il existe quelque chose qu’on puisse appeler la société »), disait la Dame de fer dérégulatrice, initiatrice d’une politique destructrice des acquis sociaux et des services publics que tous ses successeurs, conservateurs et travaillistes, ont poursuivie de manière constante et acharnée pendant trente ans.

Chapeau, BoJo !

Pour mémoire, quelques mesures décidées par le gouvernement britannique en décembre dernier, avant le déclenchement de la crise du coronavirus :

– reconstitution d’un service public de santé décent pour tous, avec des crédits considérables alloués par le nouveau gouvernement au National Health Service ;

– priorité aux services publics, avec des investissements et une reprise en main des transports britanniques, sinistrés et inefficaces depuis trente ans. Nationalisation des transports ferroviaires délaissés par les actionnaires privés ;

– accroissement des moyens humains et financiers accordés aux forces de police et de sécurité, dans un pays qui souffre, comme le nôtre, d’une criminalité galopante ;

– augmentation du pouvoir d’achat des salariés, laminé par la mondialisation et la dérégulation. Augmentation du SMIC de 6,2 % au 1er avril 2020 ;

– stratégie ambitieuse dans le domaine agricole, avec le redéploiement de moyens publics énormes pour orienter la production vers un modèle plus diversifié, plus sain, raisonné et durable ;

– immigration maîtrisée et choisie ;

– affirmation de la supériorité des lois et des juridictions nationales.

C’est BoJo qu’il nous faut !

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