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Coronavirus - Editoriaux - International - 30 mars 2020

Coronavirus : planquer les cadavres, un mensonge d’État

Les Chinois vivent sous une dictature qui use des moyens de la dictature, entre autres la propagande. L’information officielle ne se soucie pas de la vérité, cette adéquation de la pensée aux choses (note à l’attention de Sibeth Ndiaye : là, c’est vraiment de saint Thomas d’Aquin), mais seulement d’établir une version assez crédible pour être martelée jusqu’à s’imposer, et qui sert bien évidemment ce qu’elle perçoit comme étant ses intérêts. Le quasi-monopole des médias rend ce contrôle plus aisé que dans un monde où les médias sont libres, multiples, concurrentiels et non soumis à une autorité politique. Mais la propagande est aussi diffusée à l’extérieur des dictatures, parfois. Il semblerait que la Chine ait décidé de promouvoir l’idée qu’elle a très efficacement jugulé l’épidémie, affichant un bilan officiel de seulement 3.301 décès au 27 mars 2020, suivant la synthèse de l’OMS.

Des soupçons quant à la vraisemblance de ce bilan sont cependant permis. Un article d’Asia News fait état des queues interminables devant les crématoriums pour y récupérer les urnes contenant les cendres des personnes décédées, des policiers en civil qui surveillent que personne n’y prend de photos, des fonctionnaires qui escortent et surveillent les familles lors de la réception de ces urnes. Puis les familles font la queue, aussi, dans les cimetières où la surveillance n’est pas plus légère : les éventuelles photos publiées sur le Net sont vite censurées par les autorités. L’article estime à 45.000 le nombre des urnes à récupérer et indique que les crématoriums fonctionnaient 19 heures par jour au plus fort de l’épidémie. Des journalistes enquêtant à Wuhan ont disparu (information relayée par BFM TV, en France) sans que des explications ne soient fournies et cela alimente encore les soupçons. Certes, lors du pic épidémique, il y a eu des décès de personnes avant qu’elles n’aient pu être testées. Certes, des personnes non atteintes du Covid-19 n’ont pas cessé de mourir subitement dans cette période. Mais il est raisonnable de penser que la Chine a sciemment, volontairement et significativement minoré le nombre de décès dus à cette épidémie. Peut-être n’est-il n’est pas possible d’évaluer le nombre de victimes chinoises, mais il est quasi certain que le bilan affiché est un mensonge d’État.

La France est, sans doute, la première exportatrice mondiale de leçons de morale. Déplorer que ces leçons n’infléchissent en rien notre déficit commercial n’est qu’une remarque malveillante de comptable, seule compte la morgue avec laquelle nous les donnons gratuitement. Ainsi, nous vivons dans un régime qui ne tolère pas le mensonge d’État. Notre Premier ministre a, d’ailleurs, indiqué, le samedi 28 mars : « Je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur la prise de décision du confinement. » Pas question de laisser proliférer le mensonge chez nous, surtout dans les plus hautes sphères de l’État ! Ainsi, il n’était pas dangereux de maintenir le premier tour des élections municipales, il n’était pas indispensable de développer notre capacité d’effectuer des tests ni urgent de commander des masques, par ailleurs inutiles, et afficher les conflits d’intérêts de conseillers du pouvoir aurait été une perte de temps. Brisons là.

À l’établissement d’une vérité dérangeante, les ministres et hauts fonctionnaires (présumés de droit divin) en France préfèrent un « droit-dans-ses-bottisme » qui s’accommode bien des mensonges, fussent-ils par omission. Un anniversaire récent et douloureux illustre ce détestable ADN : combien de civils ont réellement été tués, rue d’Isly, par les tirailleurs et les gendarmes mobiles, le 26 mars 1962 ? Les dépouilles n’ont jamais été rendues à leurs familles et ont été enterrées clandestinement. Pour ne pas être comptées ? Et ne parlons pas du massacre d’Oran. Que les fonctionnaires intègres me pardonnent cette incise et l’amalgame qui peut en résulter.

Bref, avons-nous les fesses assez propres pour reprocher un mensonge d’État à la Chine ?

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