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Coronavirus - Editoriaux - Santé - 4 février 2020

Coronavirus 2019-nCoV : de l’art et la manière d’organiser une bonne psychose

Selon que vous serez âgé ou misérable, le coronavirus vous fera mort ou vif…

Comme la grippe.

Comme la bronchite.

Comme l’angine et la tuberculose quand elles sont mal soignées.

La grippe tue, chaque année, en France, entre 13.000 et 30.000 personnes, a dit, lundi, le patron de l’Institut Pasteur à qui la douce Alba Ventura (RTL) posait cette épineuse question : faut-il avoir peur du coronavirus 2019-nCoV ? On sentait le pauvre homme tenaillé par l’envie de répondre non, mais qu’auraient-ils fait alors, tous les deux, de leurs dix minutes d’interview ? Brave gars faisant son job, il a ramé, dit qu’« il avait entendu que… », qu’« on pouvait supposer que… ».

Que quoi, au juste ?

Une piste : que si, par exemple, on rapporte le nombre de morts évoqués plus haut (entre 13.000 et 30.000 pour 66,99 millions de Français recensés en 2019) à la population de la Chine (1.386.000.000 habitants), on arrive à 268.925 morts en estimation basse et 620.689 en estimation haute.

Pour l’instant, le bilan du nCoV s’établit, en Chine, à 362 morts, ce qui est certes déjà supérieur au nombre des victimes de l’épidémie de SRAS, mais infiniment moins que les morts de la grippe ordinaire dans la Chine ordinaire. Autrement dit, et sans mépriser la douleur des familles, etc., et bla-bla-bla, pas grand-chose !

Je sais, il paraît que ce que je viens d’écrire est extrêmement dangereux. ON NE DOIT PAS COMPARER nCoV ET LA GRIPPE SAISONNIÈRE !

« La comparaison grippe-coronavirus est idiote », clame, depuis Hong Kong, M. Cameron Campbell. « Si vous venez de composer un tweet : “Oh mais la grippe tue bien plus de gens chaque année”, et que vous vous apprêtez à l’envoyer, je vous en supplie, s’il vous plaît, arrêtez-vous », écrit-il. « Demandez-vous : combien de fois la grippe a non seulement poussé à bout un système de santé, mais en l’occurrence dans la province du Hubei, l’a totalement submergé ? Combien de fois des docteurs qui traitent des patients de la grippe tombent si malades qu’ils sont à leur tour hospitalisés et que parfois ils en meurent ? Alors s’il vous plaît, ne postez pas ce tweet. Vous vous montrez ignorant et insensible. »

Un autre éminent épidémiologiste à l’université de Californie, à Berkeley, lui fait écho : « Si, arguendo [en argumentant], nous nous mettons à comparer les décomptes de morts, alors pourquoi s’arrêter à la grippe ? » dit-il. C’est vrai, on peut parler (mais on n’en parle plus ou presque) du SIDA, de la tuberculose, des MST galopantes, que sais-je encore…

Voilà des esprits forts, alors admettons, je suis idiote, ignorante et insensible. Néanmoins, je me pose une question : y a-t-il urgence à créer chez nous la psychose, car c’est bien de cela qu’il s’agit ?

La peur, en l’occurrence, n’engendre pas la prudence : elle nourrit la bêtise. Les radios nous rapportent ainsi à l’envi les questions posées au 15. Et ça, je ne vous le cache pas, ça me fait peur ! Infiniment plus que le nCov. Encore un peu et l’on verra des abrutis asperger d’essence et brûler leurs voisins chinois histoire d’éradiquer le virus imaginaire. La chasse aux yeux bridés semble déjà ouverte à Belleville, où les trottoirs sont quasi déserts.

Et pour alimenter la frayeur qui fait vendre, il y a les reportages en continu dans les colonies de quarantaines qui vont durer quinze jours. De belles vacances à Carry-le-Rouet, avec JO et tout et tout. Sympa. Un deuxième avion affrété par nos soins arrive avec sa cargaison. On tend le micro à une jeune femme : « C’est stressant. On ne sait pas ce qui va se passer après », dit-elle. Après ? Ben, vous allez rentrer chez vous, gentiment. Et avec un peu de chance, la collectivité va aussi vous payer le billet de retour.

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