Avec les Danois, c’est Noël avant l’heure, sachant que les Lituaniens viennent de trouver sous le sapin de quoi construire un mur de barbelés de quinze kilomètres de long, petit cadeau venu de Copenhague… Comparé au mur de 500 kilomètres que Vilnius, sa capitale, est en train d’ériger pour protéger ce petit État balte de l’ venue de Biélorussie, c’est modeste. Mais ces barbelés ne sont pas, non plus, tout à fait comme les autres, nous dit  : « Ce ne sont pas des fils classiques, mais un modèle spécial, en accordéon, couvert de lames similaires à celles d’un rasoir, pouvant causer des blessures mortelles. » Bref, on n’arrête pas le progrès, n’en déplaise aux professionnels du progressisme.

Paradoxalement, le Danemark n’est pas dirigé par un vieux mâle blanc, hétérosexuel et passablement énervé, mais par la très sociale-démocrate Mette Frederiksen, Première ministresse de son état, en grande partie élue sur le thème « zéro demandeur d’asile ». Là où tout se complique, c’est quand Mattias Tesfaye, son ministre de l’Intégration et de l’Immigration, lui-même enfant de réfugié éthiopien, est venu rencontrer son homologue lituanienne, Agnė Bilotaitė, ministre de l’Intérieur, histoire de vérifier la bonne tenue du dispositif frontalier en question.

De quoi donner des vertiges à la gauche humaniste, surtout quand on sait que les mêmes murs de barbelés ont aussi été érigés, en 2015, par le très peu fréquentable président hongrois, Viktor Orbán, à la grande fureur des autorités européennes. Pourtant, et ce, toujours à en croire le même quotidien vespéral, « six ans plus tard, Mattias Tesfaye a estimé que les critiques contre Budapest n’étaient « pas correctes » et que, « face à l’ incontrôlée », la clôture était « une solution de bon sens ». »

Tel qu’il se doit, les organisations « humanitaires » font feu de tout bois, Amnesty International au premier chef, évoquant « un déni de réalité face à la crise migratoire actuelle ». Nonobstant, il est toujours possible de leur retourner le compliment, ces ONG ne se rendant pas forcément compte des bouleversements civilisationnels qu’impliquent de tels transferts massifs de population.

Et c’est précisément là que ces organisations aux financements des plus flous, pratiquant un sans-frontiérisme sans nuances et un écologisme à front de chèvre, en finissent, elles aussi, à sombrer dans un « déni de réalité » des plus patents. Car à les en croire, les frontières seraient ennemies de la paix, alors que c’est justement l’absence de frontières mal définies qui est souvent cause des guerres…

En effet, et ce, de tous temps, les conflits ouverts, entre armées officielles ou dans leur version asymétrique à vocation terroriste, ont toujours été le fait de frontières contestées. D’où la guerre larvée entre Inde et relevant de ce Cachemire, zone frontalière au découpage approximatif. Idem pour les affrontements incessants de l’Afrique noire, issus des dingueries de géomètres coloniaux ayant redessiné ce continent à l’équerre et au compas, sans comprendre que, ce faisant, ils séparaient des peuples persistant à vouloir vivre ensemble, tout en obligeant d’autres à coexister avec ceux dont ils ne souhaitaient pas partager le quotidien.

Voilà qui vaut encore pour les deux Irlandes, Israël et la Palestine, les embrouilles territoriales n’en finissant plus de diviser Maroc et Algérie, sans négliger les douloureuses questions de la Crimée ou du Kosovo. Et Régis Debray, dans son remarquable essai, Éloge des frontières, de noter : « Une idée bête enchante l’Occident : l’humanité, qui va mal, ira mieux sans frontières. » Il faut vraiment être nigaud pour réfuter une telle évidence. Les écologistes sont pourtant les mieux placés pour le savoir, ayant tout fait, il y aura bientôt vingt ans, pour empêcher la construction de l’A28, coupable de menacer les « frontières » des scarabées pique-prune. Aux yeux de certains, à la fois déconnectés de la nature et de l’humanité, les hommes devraient donc avoir moins de droits que les insectes ? Il n’est pas idiot de se poser la question.

5 octobre 2021

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