Editoriaux - 25 décembre 2018

Conte de Noël : La Vierge aux anges, de Jules Lemaître

Qu’est-ce que l’esprit de Noël, la magie de Noël ? C’est peut-être, le temps d’une lecture, retrouver son âme d’enfant.

Boulevard Voltaire propose, pour nous y aider durant ces quelques jours, une sélection de contes de Noël.

Aujourd’hui La Vierge aux anges, de Jules Lemaître (1853-1914), choisi et mis en forme par notre ami Antoine de Lacoste.

Jésus est né depuis maintenant plusieurs jours. La Sainte Vierge et saint Joseph décident alors de rentrer chez eux. Mais en cours de route, des petits anges apparaissent et servent la sainte Famille tout en prenant soin de l’Enfant. Ils la servent tellement qu’elle n’a plus rien à faire : « Marie s’ennuya. Parce qu’elle s’ennuyait, elle pria d’avantage ; et, tout en priant, elle réfléchissait.
Le résultat fut sans appel : elle chassa les petits anges.
– Mais, dit Joseph, pourquoi chasses-tu ces petits bonshommes ? Ils nous rendent pourtant beaucoup de grands services.
– C’est justement pour cela, répondit Marie.
– Je ne comprends pas, reprit Joseph. Puisque ton fils est le Messie, il est tout simple qu’il soit servi par les anges et que sa mère en profite.
– Oh ! dit Marie, voilà des propos sans délicatesse. Ne sais-tu pas que le Messie est venu au monde pour souffrir avec les hommes et, d’abord, pour endurer tous les maux naturels aux petits enfants ? Et, certes, ces souffrances, je dois les adoucir autant qu’il est en moi, puisque je suis sa mère. Mais je ne veux pas que d’autres que moi se chargent de cette besogne. Est-ce que les autres mères ne soignent pas elles-mêmes leurs petits ? Quelle lâche créature serais-je, si je renonçais à ma part de labeurs maternels ? D’ailleurs, j’en suis sûre, mon petit enfant aime mieux être soigné par moi que par marmots ailés. Je sais que je m’associerai d’avantage à sa volonté rédemptrice en peinant comme les autres femmes et en acceptant toute la condition humaine. Oui, je veux toute seule emmailloter mon fils, toute seule le bercer et l’endormir, et toute seule aussi faire mon ménage, toute seule filer ma quenouille, aller toute seule au lavoir… Et, comme ces petits travaux me sont presque tous une joie, je n’y ai sans doute pas grand mérite : mais, pourtant, je serais coupable si je supportais que les anges les fissent à ma place… Comprends-tu ?
– Je crois que oui, ma chère fille… Mais alors, il va falloir que je renonce moi aussi aux petits services que les anges me rendaient ?
– Évidemment, mon ami.
– J’avais cependant cru que, d’être l’époux de la mère du Messie, cela me donnait droit à quelques petits avantages. Mais tu dois avoir raison : car tu es plus intelligente et plus savante que moi, bien que tu n’aies que quinze ans et que j’aie passé la soixantaine.

Or, la nuit suivante, comme l’Enfant Jésus criait et ne voulait pas s’endormir, tout à coup on entendit dans la rue une mélodie légère et d’une extrême douceur.
Marie ouvrit la porte et aperçut, au clair de lune, rangés contre le mur de la maison, les anges qui faisaient de la musique avec leurs petites harpes.
– Encore vous ? leur dit-elle. Et si mon fils ne veut pas dormir ? Et s’il lui plaît de crier et de souffrir de ses dents ? Et puis, ne suis-je pas là, moi, sa mère ? Allez vous-en ou je me fâche !
Le lendemain, ils ne reparurent pas de toute la journée. Mais le matin d’après, Marie les vit tous dans la cour, groupés sous le figuier, timides, honteux, et qui pleuraient en silence.
– Mes petits anges, leur dit-elle, je vous parais sévère parce que vous êtes trop petits pour comprendre. Mais écoutez ! La vieille Sephora, qui demeure en face, est paralytique. Un peu plus loin, c’est la bonne Rachel qui a douze enfants et qui a bien du mal à les élever. Et vous trouverez, à Nazareth, beaucoup d’autres pauvres femmes. Eh bien, c’est elles qu’il faut aider à faire leur ménage, à laver leur linge, à soigner leurs enfants… Puisque vous voulez plaire à mon fils, c’est par là que vous y réussirez le mieux.
Et, voyant leurs petits nez plissés par le chagrin, elle ajouta :
– Quand il sera plus grand, je vous permettrai peut-être de jouer avec lui… Mais faites d’abord ce que je viens de vous dire.

Et, cette année-là, toutes les pauvres femmes et les malades de Nazareth furent aidés, et tous les petits enfants bercés par des serviteurs invisibles (car seuls Marie et Joseph voyaient les anges), et les nourrissons ne crièrent plus à l’exception de l’Enfant Jésus qui voulait souffrir pour eux.

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