Il fallait s’y attendre, le plan de paix américain visant à résoudre le conflit israélo-palestinien de n’a suscité que des réactions de pure forme. Sans surprise, Téhéran, Beyrouth et Ankara condamnent l’initiative, tout en étant condamnés à ne rien faire. Sans surprise, toujours, l’Égypte, l’Arabie saoudite et tous les émirats du Golfe se félicitent de cet accord.

Et en Europe ? Boris Johnson y voit « un pas en avant positif », tandis que le Quai d’Orsay ne se mouille guère, se contentant « d’exprimer la conviction que la solution des deux États, en conformité avec le droit international et les paramètres internationalement agréés, est nécessaire à l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient ».

Bref, jamais les Palestiniens, eux mêmes divisés entre Hamas et Autorité palestinienne, n’ont été aussi seuls. En effet, lointaine est l’époque où le conflit israélo-palestinien était sorte d’alpha et d’oméga de la politique locale. La chute du mur de Berlin a tout d’abord dépolitisé l’affaire : pour résumer, le bloc de l’Est était pro-palestinien et celui de l’Ouest pro-israélien, tandis que la France campait sur une position équidistante.

Il ne reste plus grand-chose de cette diplomatie française ; quant à l’Europe, refusant depuis son origine à se penser comme une force politique, elle est encore plus aux abonnés absents.

Puis, après la fin de la guerre froide, il y a eu l’islamisme de combat avec Al-Qaïda et Daech, venus achever de rebattre les cartes. Dans le même temps, les printemps arabes et les guerres civiles qui les ont suivis ont acté la perte d’influence de nations telles que la Syrie, tandis que l’Irak s’effondrait après les deux guerres que lui menèrent les . Le tout sur fond de lutte entre musulmans chiites et musulmans sunnites.

Le résultat ? L’alliance de fait entre et ces derniers, tandis que l’arc chiite allant de Téhéran à Beyrouth, en passant par Bagdad et Damas, se trouve menacé de toutes parts. C’est dire si la cause palestinienne, naguère fédératrice au sein des gouvernements arabes, turc et iranien – hormis durant la parenthèse du chah d’Iran – est désormais passée au second plan.

Certes, personne, dans les chancelleries, ne semble croire au succès du plan de Donald Trump, à fortes arrière-pensées électoralistes – ce qui vaut également pour son homologue israélien Benyamin Netanyahou –, mais le simple fait qu’il ait été salué par nombre de capitales, traditionnellement pro-palestiniennes, de la région est déjà une forme de succès en soi.

Et comme rien n’est jamais simple, en Orient, si Francesco Montemaggi, l’un des éditorialistes du quotidien libanais L’Orient-Le Jour, estime que ce plan est voué à l’échec, il note néanmoins : « Pour les spécialistes de ce conflit inextricable, tout n’est pas à jeter dans la “vision” élaborée par Jared Kushner, conseiller et gendre du milliardaire républicain. Le chef du gouvernement israélien s’est ainsi dit prêt à reconnaître un État palestinien et à geler pendant quatre ans le développement de colonies, tandis que Donald Trump a promis que cet État aurait sa capitale dans la partie orientale de Jérusalem. Et grâce à un réseau de transports modernes et efficaces, dont un train à grande vitesse entre Gaza et la Cisjordanie, un tel État serait d’un seul tenant. »

Le principe des guerres est qu’elles finissent un jour. Celle-ci ne devrait pas faire exception, même si tout laisse à croire que cela ne se finira pas forcément très bien pour les Palestiniens.

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