Autrefois, les prédécesseurs de mettaient les formes, avant de faire semblant de régler ce fameux conflit israélo-palestinien. L’actuel locataire de la Maison-Blanche n’a pas ces pudeurs et ne fait pas semblant, y va en force et n’a que faire des formes. Alors que son plan n’est pas encore rendu public, au moins peut-on en deviner les lignes directrices.

Pour résumer, Donald Trump reprend à son compte le bréviaire de la israélienne : le déplacement des Palestiniens d’ en Jordanie, nation à peu près aussi récente que l’État hébreu, dont la population bédouine n’est plus que de 30 %, contre 70 % d’immigration palestinienne. Ainsi, une confédération jordano-palestinienne pourrait à nouveau être à l’ordre du jour.

À en voir la carte, voilà qui est logique. Les derniers territoires palestiniens n’ayant pas encore été annexés sont à l’est ; tout près de la Jordanie, donc. Après, la bande de Gaza, qui pourrait bientôt avoir vocation à devenir sorte de zone franche, quitte à élargir son accès à la mer. Quelle que soit la forme administrative à laquelle on la promette, elle se trouvera de fait découplée de la Cisjordanie palestinienne, tandis que la fameuse « solution à deux États » se rapproche chaque jour davantage du mirage.

Certes, la « rue arabe » protestera, mais qui l’écoute encore ? Bien sûr, Téhéran, dernière capitale orientale à défendre la cause palestinienne, s’insurgera. Mais a-t-elle, pour le moment, les moyens de ses ambitions ? Rien n’est moins sûr. Bref, Donald Trump joue sur du velours, même embringué dans ses histoires de destitution, tandis que Benyamin Netanyahou, son homologue israélien, l’est dans ses mises en examen. Et c’est là que ces deux reîtres se rejoignent en leurs intérêts communs.

La preuve en est cette déclaration du Premier ministre palestinien : « Ce plan vise à protéger Trump de la destitution et Netanyahou de la prison. Il ne s’agit pas d’un plan de paix pour le Moyen-Orient, mais plutôt d’un plan d’autoprotection pour ses propriétaires. Il donne la souveraineté à Israël à un moment où la Cour pénale internationale discute de l’occupation de la terre palestinienne. »

Voilà qui est plutôt bien vu, tant les questions électorales sont ici prégnantes. La preuve en est cet article mis en ligne par i24news, site sioniste francophone de référence : « Le plan de paix tant attendu, “accord du siècle”, est la manifestation et l’affirmation de la Bible pour les chrétiens évangéliques. » Soit ceux qui forment les gros bataillons électoraux du président américain. Et ce site de conclure : « Les évangéliques voient le plan Trump comme une preuve qu’Israël a été embrassé par Dieu… » Et si ce dernier pouvait « embrasser » le même Trump et son électorat pour un prochain mandat, cela ne serait que mieux, à en décrypter leur pensée. Messianisme, quand tu nous tiens…

Quitte à contredire ces visions prophétiques, celle de la Maison-Blanche est autrement plus pragmatique, sachant que l’inconditionnel soutien à l’État hébreu lui tient plus de boulet que de moteur. Certes, cela prendra probablement du temps, mais le compte à rebours semble déjà avoir commencé. Si Washington est, malgré de trompeuses apparences, en train de lâcher Tel Aviv, ce n’est pas sans quelques sérieuses -vie, dont celle consistant en un partenariat avec l’ et les Émirats arabes unis, à la notoire exception d’un Koweït sous influence d’un autrement occupé par ailleurs.

Pour le reste, les USA feront comme toujours et continueront de pratiquer la du chéquier : les dollars américains contre le renoncement des Palestiniens à leur fierté nationale, sachant que le plan de paix en question tient plus d’un pacte israélo-américain que du si attendu accord israélo-palestinien.

28 janvier 2020

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