[CINÉMA] Scary Movie, la charge anti-woke de la saga parodique des années 2000 ?
Son nouvel opus a réussi, la semaine passée, à prendre la tête du box-office et à griller la priorité à De Gaulle, c’est dire la popularité de la saga Scary Movie. Une honte, quand on voit la différence de niveau – et d’importance – entre les deux films ; d’autant que l’Histoire de France est censée trouver un écho particulier dans le cœur de nos compatriotes…
Pour autant, cet accueil triomphal de Scary Movie 6 est le signe que les lignes sont en train de bouger, les créateurs ayant annoncé en amont de sa sortie leur volonté de taper sur l’idéologie woke. Un mal pour un bien, en somme.
La franchise horrifique la plus potache des années 2000
Pour rappel, cette célèbre franchise des années 2000 s’était fait une spécialité de tourner en dérision les films d’épouvante des années 90, et en particulier Scream, de Wes Craven, et Souviens-toi… l’été dernier, de Jim Gillespie, tous deux écrits par Kevin Williamson, LE scénariste incontournable de cette époque en matière de slashers (films de tueurs).
À la manœuvre de cette entreprise parodique, dont ils furent à la fois scénaristes, producteurs et comédiens, les frères Keenen Ivory, Marlon et Shawn Wayans, déjà connus dans le monde du spectacle pour leurs sketchs et leur sitcom Les Frères Wayans.
Le premier film fut un succès inattendu, avec plus de 278 millions de dollars de recettes à travers le monde. Cependant, après l’échec commercial de Scary Movie 2, la fratrie fut tout bonnement virée de la franchise par Harvey Weinstein, patron de la société de production Miramax. Les volets 3, 4 et 5 se firent donc sans les frères Wayans ; le public fut alors de moins en moins nombreux à se déplacer en salles. Même l’actrice principale, Anna Faris, décida de lâcher l’affaire pour le cinquième volet…
Un retour inattendu
Treize ans après, les créateurs originels de Scary Movie sont de retour aux commandes. Leur père, sur son lit de mort, leur aurait demandé de retravailler ensemble ; alors quand Jonathan Glickman, de Miramax, leur proposa de revenir pour le sixième film, les Wayans acceptèrent aussitôt, décidant de revenir aux sources de ce qui fit le succès du premier film : l’héritage de Scream.
Le récit de Scary Movie 6 imagine donc le retour d’un « Ghostface », un tueur masqué qui terrorise l’entourage de Cindy Campbell, l’inoxydable héroïne de la franchise, dont l’apparence azimutée et le mode de vie paranoïaque évoquent directement le personnage de Jamie Lee Curtis dans la dernière trilogie Halloween. Outre la saga de Carpenter et Scream, le film se réfère à Souviens-toi… l’été dernier – forcément –, mais également à Destination finale, The Substance, M3GAN, Get Out, Longlegs, Terrifier, Sinners, Smile, Évanouis, John Wick, et même la série Mercredi de Netflix ! Les cinéphiles s’amuseront évidemment à déceler, çà et là, les différents motifs. Certains regretteront l’absence de Conjuring, la franchise horrifique incontournable des dix dernières années ; peut-être dans Scary Movie 7 ? Quoi qu’il en soit, les frères Wayans ont voulu sortir l’artillerie lourde. Leur casting marque le grand retour d’Anna Faris, de Regina Hall, de Marlon et Shawn Wayans, de Dave Sheridan, de Jon Abrahams, de Lochlyn Monroe, de Cheri Oteri et même de Chris Elliott.
La cancel culture dans le viseur ?
Au menu, toujours la même recette : du gras et du poil, du sexe, beaucoup de violence gratuite, des propos racistes en veux-tu en voilà, pas mal de stupéfiants et autres blagues d’un goût relatif…
La cible principale ? Les médias dits « progressistes », la génération Z, la cancel culture et l’idéologie woke, d’après les déclarations des frères Wayans. Les iels et autres LGBTQ+XZ@ et compagnie, à les en croire, n’ont qu’à bien se tenir…
Hélas, à l’arrivée, le film paraît bien plus timide qu’annoncé au départ, comme si les auteurs avaient constamment marché sur des œufs : les Noirs font des blagues sur les Noirs et les Blancs font des blagues sur les Blancs (surtout sur les républicains et les conservateurs…). Même les trans, finalement, s’en sortent bien. Dommage, car si le public se déplace massivement en salles pour Scary Movie 6, c’est précisément pour la promesse d’un film irrévérencieux qui dézingue à tout va le politiquement correct. Cela étant, même si la promesse n’est pas vraiment tenue et que le film, au mieux, fait sourire, son succès au box-office en dit long sur les attentes de spectateurs qui souhaitent profondément renverser la table.
2 étoiles sur 5
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