Il est parfois trop tentant de brocarder l’ensemble des comédies françaises, tant elles ont tendance à tremper dans le même bain idéologique. Nous évoquions, la semaine dernière, La Bonne Épouse, de Martin Provost, comédie poussive sur le patriarcat qui cumule toutes les idées reçues sur les rapports hommes-femmes. Dans un esprit très différent, Les Parfums, de Grégory Magne, relève un peu le niveau.

Exit l’outrance, exit la pleurniche féministe et son ressentiment, le film porté par met en scène une femme du monde, une femme de poigne, aussi active professionnellement (sans pour autant en faire tout un foin…) que maladroite dans ses relations personnelles. Connue dans le monde du parfum, Anne Walberg possède de véritables dons olfactifs. Capable de décomposer en détails la moindre fragrance, de nombreuses sociétés s’arrachent ses talents, que ce soit pour masquer l’odeur désagréable d’un sac de cuir destiné à une commercialisation de masse ou pour réaliser toutes sortes de produits de beauté.

Très loin de ces préoccupations mercantiles, et issu d’un milieu social plus modeste, Guillaume Favre n’a d’autre choix, s’il veut continuer à voir sa fille, que d’emménager dans un appartement plus grand que celui qu’il occupe, la juge aux affaires familiales – acquise, par principe, à la garde de son ex-épouse – est catégorique sur ce point. Pour ce faire, il lui faudra sauver son emploi de chauffeur et faire profil bas, quitte à avaler quelques couleuvres… Tant et si bien que le jour où son patron lui confie Anne Walberg, Guillaume est mis à rude épreuve. Hautaine, capricieuse, celle-ci lui jette d’emblée ses cigarettes par la fenêtre de la voiture et lui fait faire des extras. Malgré tout, la sympathie qu’elle éprouve pour lui est palpable. Les deux parviendront vite au fil de leurs déboires à trouver un modus vivendi et développeront une belle complicité aboutissant à un véritable partenariat, sans que l’amour ne vienne forcément y mettre son grain de sel – c’eût été trop évident.

Reposant sur un schéma classique d’opposition des caractères, Les Parfums laisse échapper par moments des effluves de Green Book à travers la thématique de l’artiste et de son chauffeur, occasion idéale s’il en faut pour creuser un peu les différences sociales et pointer les frustrations de chacun. Si l’écriture du récit, trop balisée, n’égale en rien le film de Peter Farrelly et que l’ensemble n’a certainement pas vocation à marquer les esprits, on note çà et là quelques bonnes idées pour mettre en scène l’odorat, parent pauvre du cinéma. L’exercice n’a rien d’évident, mais sur ce point précis, le réalisateur s’en sort avec les honneurs.

À voir en famille.

3 étoiles sur 5

À lire aussi

Cinéma : Été 85, de François Ozon

Il est toujours désagréable d’admettre le talent d’un adversaire idéologique… …