Employé de la fonction publique à l’Office national des forêts, Vincent Peltier coule des jours paisibles à Limoges aux côtés de sa compagne et de sa belle-famille. Peu sujet au stress, son consiste à délivrer des permis de aux paysans de la région moyennant, au passage, quelques bakchichs…

Cette petite vie pépère de fonctionnaire, bien rangée et pleine d’avantages (horaires aménagés, logement de fonction, treizième mois, congés extra-longs), Peltier l’a rêvée dès son plus jeune âge, conforté dans l’idée qu’après tout, rien n’est plus noble et utile que de servir l’État.

Le jour où, pour son plus grand malheur, le ministre de la Fonction publique annonce, sur BFM TV, vouloir « dégraisser le mammouth » et réduire le nombre de fonctionnaires, Peltier voit son équilibre vaciller, son cas ne réunissant pas les conditions nécessaires à son maintien en poste. L’État, incarné par Isabelle Bailliencourt, une inspectrice aussi coriace que déterminée à suivre les directives du ministre, lui propose alors le choix suivant : quitter la fonction publique contre un chèque au montant dérisoire ou bien accepter des missions plus foireuses les unes que les autres aux quatre coins du monde, y compris au Groenland… Encouragé par un chef syndicaliste à l’ancienne, campé magnifiquement par Christian Clavier, Peltier refuse de céder, choisit la seconde option et, dès lors, s’engage dans un bras de fer permanent avec l’inspectrice…

Récit surréaliste d’un fonctionnaire accroché à ses privilèges tel un mollusque à son rocher, Irréductible, réalisé et interprété par Jérôme Commandeur, risque bien de faire grincer les dents d’une partie des spectateurs. Lesquels verront dans cette comédie absurde – et un rien potache – une supplémentaire du mépris de classe de nos élites. Si l’idée que la plupart des fonctionnaires seraient fainéants et travailleraient moins que les salariés du privé relève assurément du cliché – on a tous des contre-exemples autour de nous –, le cinéaste clarifie sa position en mettant en cause, au début du moins, une certaine fonction publique territoriale qui, en effet, a massivement embauché ces vingt dernières années dans l’administratif, favorisant éventuellement les mentalités que dénonce le film…

Le problème est que Jérôme Commandeur tend à tout mélanger : il nous dit d’abord que l’État peut agir sur le nombre d’effectifs de la territoriale alors qu’en vérité, il ne peut que baisser les dotations aux collectivités ; puis il fait passer notre héros à des postes tels que surveillant pénitentiaire, relevant clairement de la fonction publique d’État. Une confusion qui mène à penser que l’acteur-réalisateur met tout dans le même sac…

Plus maladroit que méchant, le film est à prendre pour ce qu’il est : une comédie légère sans ambition autre que faire rire le spectateur autour de clichés éculés. Irréductible bénéficie, pour ce faire, d’une belle brochette de seconds rôles (Christian Clavier, Gérard Darmon, et surtout Valérie Lemercier !).

Dans le même genre, on préfère Promotion canapé (1990), de Didier Kaminka, mieux maîtrisé, moins lourdingue et, en vérité, bien plus insolent. Cela étant, le film de Jérôme Commandeur saura, sans nul doute, trouver son public.

2,5 étoiles sur 5

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30 juillet 2022

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