Cinéma - Culture - Editoriaux - 19 janvier 2019

Cinéma : Colette, de Wash Westmoreland

Jeune femme originaire de Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne, Sidonie-Gabrielle Colette épouse, en 1893, Henry Gauthier-Villars, dit « Willy », journaliste et romancier populaire aujourd’hui connu pour avoir bâti son œuvre sur le travail de ses nègres, et acteur incontournable des milieux mondains parisiens. Sous son impulsion, Colette se lance dans l’écriture et entame la série des Claudine, mais Willy exige, sous divers prétextes, de signer les romans à sa place, s’octroyant ainsi tout le mérite de son épouse qui s’éloigne peu à peu et prend son indépendance…

Coécrit à l’origine par Wash Westmoreland et son compagnon Richard Glatzer, le couple qui avait réalisé Still Alice, en 2015, le biopic sur Colette aurait pu ne pas voir le jour. Glatzer étant décédé des suites de la maladie de Charcot, Westmoreland hésita un moment à concrétiser le projet et s’y résolut finalement, avec l’aide de Rebecca Lenkiewicz, la scénariste du film polonais Ida, afin de perpétuer la mémoire de son époux. Il réunit alors, pour ce faire, une équipe de comédiens britanniques chevronnés menée par Keira Knightley (The Duchess, A Dangerous Method) et Dominic West (la série Sur écoute). Avec un tournage en anglais, on l’aura vite compris, Colette ne brille pas par une quelconque mise en valeur de la langue française ni même simplement par son rapport à la littérature dont il n’est jamais véritablement question. L’intérêt du film, qui ne repose pas non plus sur sa mise en scène (paresseuse), est tout au plus historique, rapidement éclipsé cependant par les préoccupations sociétales – bien contemporaines – du cinéaste. On comprend, notamment, que c’est le manque de considération de Willy pour son épouse qui pousse Colette, au fil du récit, dans les bras des femmes, et d’une transsexuelle en particulier… On connait l’antienne : la femme est une victime de l’Histoire ; au même titre que les trans, les Noirs ou – soyons fous ! – les Asiatiques. Ainsi, donc, il ne faudra pas s’étonner de (re)découvrir à l’écran une France des années 1900 à l’avant-garde de la théorie du genre comme du multiculturalisme. L’obsession délirante de Westmoreland vis-à-vis de l’homosexualité explique, par ailleurs, son choix de faire tourner deux travestis dans des rôles de « cisgenres » (comprendre : les gens majoritaires dont le genre ressenti correspond au sexe biologique), à savoir Jake Graf, qui interprète Gaston de Caillavet – le défunt appréciera –, et Rebecca Root.

Peu farouche, le réalisateur défend fièrement sa position : “Je me suis dit qu’à l’époque de Colette, on s’affranchissait des règles et des conventions sociales, et qu’on s’ouvrait au monde. Du coup, le casting du film devait s’en faire l’écho…. Et ça me semblait cohérent.”

Cela lui semblait cohérent, la messe est dite. Et nous, il nous semble cohérent de déconseiller nos lecteurs de perdre leur temps et leur argent devant pareil spectacle. Car non content de vider une figure historique et littéraire de son intérêt, le cinéaste entreprend un véritable détournement biographique à des fins militantes pour le moins douteuses et anachroniques.

Reste, malgré tout, un duo d’acteurs principaux suffisamment talentueux pour tirer son épingle du jeu.

2 étoiles sur 5

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