Parmi les 1.200.000 chrétiens recensés en Syrie en 2011, date du début de la guerre, les Assyro-Chaldéens n’en représentaient que 30.000. Ils vivent essentiellement dans le nord-est du pays, où ils s’étaient installés après 1915, rescapés du génocide perpétré par les Turcs et les Kurdes. On parle (enfin) beaucoup du génocide arménien, mais on oublie souvent d’évoquer celui des Assyro-Chaldéens qui furent exterminés par centaines de milliers.

En 2015, l’irruption de l’État islamique dans cette région paisible provoqua un exode massif de toutes les communautés chrétiennes vers la ville d’Hassaké, plus sûre. Après le départ des sinistres hommes en noir (qui détruisirent de nombreuses églises), ce sont maintenant les Turcs et leurs milices islamistes composés de Syriens dont la sauvagerie n’a rien à envier à ceux de Daech ou d’Al-Nosra qui ont envahi cette région.

La communauté assyro-chaldéenne, découragée, a choisi l’exil dans sa grande majorité. Des milliers de familles sont ainsi parties au Canada, en Australie et en Europe. Dans la vallée du Khabour, du nom de cette rivière qui prend sa source en Turquie et coule dans le nord de la Syrie vers l’Euphrate, sur les 20.000 Assyriens présents avant la guerre, il n’en reste plus que 1.000 à 1.500. De nombreux villages sont maintenant vides d’habitants : « On n’a pas pris la peine de reconstruire les églises détruites car, de toute façon, les villages sont vides. Quelle tristesse de voir tous ces gens reconstruire une nouvelle vie loin d’ici », déclare le père Boghos Ichaïya à L’Orient-Le Jour.

Certains sont trop vieux pour partir, mais d’autres ont choisi de rester pour se battre. Ainsi, les Gardiens du Khabour, miliciens chrétiens armés qui regroupent les hommes d’une trentaine de villages et qui sont bien décidés à en découdre si les Turcs et leurs alliés islamistes veulent pénétrer davantage en Syrie.

Pour la nuit de Noël, les chrétiens sont allés à Tell Tamer. L’église était pleine à craquer, disent les observateurs, mais c’était une des seules ouvertes de la région. Il y a une joyeuse cacophonie sur le parvis car ils sont heureux de se retrouver, mais tous ont de nombreux membres de leurs familles partis à l’étranger.

« La population a été sacrifiée », déclare Monseigneur Ayvazian, évêque arménien-catholique du diocèse, qui souhaite la victoire de Bachar el-Assad, seul protecteur des minorités. Tous ne sont pas d’accord à ce sujet. Comme le note avec humour un chrétien, il y a ceux qui sont pro-Assad et pro-Kurdes, ceux qui sont pro-Assad et anti-Kurdes et ceux qui sont anti-Assad et pro-Kurdes. Nous sommes bien en Orient ! Mais l’unanimité est là contre les islamistes et contre les Turcs.

L’ambiance est plus lourde encore depuis l’assassinat du père Bedoyan, dont nous avons parlé, il y a quelques semaines, ici même. Un de ses frères s’est déjà réfugié en Australie. Mais d’autres veulent rester. « Nous devons rester sinon nous allons disparaître », dit une de ses belles-sœurs à L’Orient-Le Jour. « Tant que les cloches sonneront, nous résisterons. »

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