Economie - Editoriaux - 29 décembre 2019

Chômage : une timide amélioration qui masque une situation durablement dégradée

Le reflue en France ; deux bons chiffres viennent d’être dévoilés par l’INSEE : les créations d’emplois ont augmenté de 188.000, en 2018, à 260.000, en 2019, tandis que l’année qui se termine a vu un nombre record de créations d’entreprises de 691.000, en 2018, à 750.000, sur les 11 premiers mois de l’année. Parallèlement, le s’établit à 8,5 % de la population active, son plus bas niveau depuis 2009 et la crise magistrale provoquée par les subprimes.

La croissance française, sans être flamboyante, se maintient à un niveau médiocre et dépasse celle des pays voisins qui frôlent, eux, la récession. On peut y voir le résultat du choix de M. Hollande, maintenu et amplifié par M. : celui de la politique de l’offre. Le CICE, transformé en baisse de cotisations, coûte cher (20 milliards par an) mais crée des emplois : 30.000, selon Éric Meyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), d’après l’éditorial du Monde au titre révélateur : « Le paradoxe de l’amélioration de l’ ». Néanmoins, on peut s’effrayer du manque d’ampleur des résultats : 666.000 euros l’emploi ! Cela aurait coûté 13 fois moins cher si on avait payé à ne rien faire les heureux bénéficiaires. Cependant, le CICE a heureusement d’autres vertus : il consolide les entreprises et évite de nombreuses faillites. Le calcul des emplois sauvés n’a pas été fait.

En outre, le marché du travail ne ressemble en rien à celui des Trente Glorieuses où 400.000 chômeurs constituaient un drame national et dont les Français ont la nostalgie. Les CDI progressent peu. Les emplois créés sont surtout des CDD précaires qui seront supprimés en cas de retournement de la conjoncture. La perspective de rester toute sa vie dans la même entreprise s’amenuise, la prise de risque est plus marquée. On assiste à un véritable engouement de la création d’entreprises, 68.000 par mois, en 2019, mais bien peu de celles-ci survivent : un tiers, seulement, des micro-entreprises sont encore en activité trois ans après leur naissance. Une hécatombe. En outre, les revenus tirés du micro-entrepreneuriat sont faibles. Ils atteignent rarement le SMIC.

M. Macron conduit une politique qui a, à côté de nombreux défauts, le mérite d’être cohérente. Il veut transformer le risque en chances : d’où l’assouplissement du marché du travail, la réforme draconienne de Pôle emploi et, maintenant, la refonte des retraites. Néanmoins, sa politique est en train d’échouer : les salariés ont peur de perdre les avantages accumulés au fil des ans et se mobilisent pour les défendre. D’autres redoutent d’être trop éloignés géographiquement des emplois ou de ne pas avoir la qualification nécessaire. Et surtout, de plus en plus, le marché du travail se scinde en deux : d’un côté, on trouve des emplois rémunérateurs hautement qualifiés, où ceux qui sont susceptibles de les occuper sont peu nombreux, de l’autre, une masse d’emplois sans qualification, précaires et faiblement payés. Même si le chômage recule, la peur de ne pas trouver une place stable dans la société s’amplifie.

Oui, paradoxe est bien le mot : l’emploi va un peu mieux, mais il se porte mal…

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