Editoriaux - International - 24 octobre 2019

Chili : le phénomène « gilet jaune » version sud-américaine ?

Barricades, bus calcinés, magasins pillés et vandalisés, des milliers de manifestants dans les rues de Santiago et la plupart des grandes villes, l’armée déployée avec des chars afin de contenir la révolte populaire, l’état d’urgence décrété : c’est le spectacle, maintenant quotidien, depuis près d’une semaine au Chili. Avec un bilan dramatique : quinze morts, dont trois personnes tuées par balle.

Alors que ce pays d’un peu plus de 19 millions d’habitants, au revenu médian par habitant de l’ordre de 16.200 euros, était considéré, il y a peu, comme une relative « oasis » au sein du continent sud-américain et à l’abri d’une telle crise sociale, il aura fallu une simple étincelle pour mettre le feu aux poudres. En cause, une augmentation de près de 4 % (le prix est passé de 800 à 830 pesos, soit un tarif d’environ 1 euro) du prix du ticket de métro, sachant que ce mode de transport est fréquenté quotidiennement par trois millions de passagers. La suspension de cette mesure par le président Sebastián Piñera n’aura pas, pour l’instant, fait cesser les émeutes, pas plus que l’annonce d’un certain nombre de mesures sociales.

Car le mal est, en réalité, beaucoup plus profond, masqué par la relative bonne santé de l’économie chilienne mais aux nombreuses disparités et inégalités, entre autres dans le domaine de la santé comme dans celui de l’éducation. Le système des retraites par capitalisation est également dénoncé par la majorité de la population, qui le juge particulièrement injuste : le prélèvement mensuel de l’ordre de 10 % du salaire délivre, à la retraite, une pension qui est inférieure au salaire minimum, de l’ordre de 360 euros ! Il faut encore y ajouter un système économique en surchauffe qui a encouragé un fort endettement des ménages avec, chaque mois, un nombre croissant de ces derniers incapables de faire face à leurs engagements financiers.

De plus, au lieu de prendre d’emblée la mesure de cette révolte sociale, le président chilien a préféré faire des déclarations insensées, parlant d’une « guerre contre un ennemi puissant et implacable qui ne respecte rien ni qui que ce soit ». Des propos qui insinuent l’intervention de groupes armés révolutionnaires structurés, déployés depuis l’étranger. C’est ce qu’a aussi déclaré l’Organisation des Vénézuéliens persécutés en exil en dénonçant une intervention vénézuélienne : « Les déclarations du président de l’Assemblée nationale constituante illégitime, Diosdado Cabello, montrent la participation du régime vénézuélien à des actions déstabilisatrices dans plusieurs pays, dont le Pérou, l’Équateur et le Chili. »

Une erreur de cible, car c’est plutôt une lutte contre les inégalités, contre la pauvreté, contre la concussion, les conflits d’intérêts, la forte disparité des revenus qu’il faudrait engager. À ce titre, la contestation sociale a glissé sur le terrain politico-économique et nombre de manifestants accusent, dorénavant, de collusion le monde des affaires et celui de la politique, faisant au passage de nombreuses allusions à la fortune personnelle du président chilien, un des hommes les plus riches du Chili.

Une constante semble, dorénavant, se dégager sur tous les continents : les bons résultats macro-économiques d’un pays ne semblent plus pris en compte si la richesse dégagée n’est pas diffusée à tous les étages de la société…

Sur le plan international, c’est l’inquiétude mais pour d’autres raisons : les présidents chinois, russe et américain ont annoncé leur présence à la réunion annuelle des dirigeants de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) qui doit se tenir à Santiago du 11 au 17 novembre.

À lire aussi

Bolivie : la rue et l’armée provoquent la chute du président socialiste Evo Morales

Avec l’annonce de cette démission, Cuba et le Venezuela de Maduro perdent leur plus indéfe…