On hérite de son nom qu’il est toujours ardu de modifier. En revanche, le prénom est choisi et souligne une intention : pour des immigrés, par exemple celle de s’assimiler à la nation au sein de laquelle ils souhaitent vivre ou, au contraire, de persévérer dans l’allégeance au groupe d’origine, voire de manifester un rejet de la terre d’accueil.

La sévère prise de bec entre l’auteur du Destin Français et a clairement opposé les deux attitudes. Pour Zemmour, le choix d’un prénom français fait partie du plébiscite constitutif, selon Renan, de la nation. Pour son interlocutrice, qui, par ailleurs, est aussi sénégalaise, le prénom n’est qu’un élément de l’identité juridique, qui la relie administrativement à la française, tandis que ses sentiments vont peut-être avec lui davantage vers la patrie sénégalaise. Plus sûrement, il révèle le goût narcissique de la différence. Elle a nommé sa fille Abbie. Quand on travaille entre cosmétiques et télévision, la communication en surface a tendance à l’emporter sur la profondeur de l’enracinement. Certains ont même suspecté dans l’incident une provocation délibérée en vue de faire parler de soi, voire d’en tirer profit.

Le destin français de projette une lumière révélatrice sur la question. C’est presque par hasard qu’il était né en France de parents qui s’y arrêtaient, le temps d’un visa pour les États-Unis, et qui y sont restés. Shahnourh Aznavourian s’était vu d’autorité prénommer Charles par l’état civil. Mais ce fils d’Arméniens, de vrais réfugiés issus d’un peuple broyé entre génocide turc et révolution bolchevique, était devenu pleinement français de nationalité et de cœur. C’était un Français, non de sang, mais de volonté. Pas un Français de papiers par droit du sol. Il le disait lui-même : “Je suis Français, d’abord dans ma tête, dans ma manière d’être, dans ma langue… J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour devenir français… Il faut le faire ou il faut partir.”

Aznavour est un exemple parfait d’assimilation. Son amour de la langue française qui lui faisait détester les fautes ou les chanteurs français chantant en anglais lui faisait dire : “Mon pays, c’est la langue française.” Mais, dira-t-on, il chantait lui-même en huit langues, avait son domicile principal en Suisse pour échapper au fisc qui l’a épinglé à plusieurs reprises et, enfin, il a pris une seconde nationalité, arménienne, en 2008.

Paradoxalement, ces trois aspects de l’homme n’altèrent en rien le Français qu’il était : ambassadeur, culturel et non politique, du pays, l’utilisation en second rang des langues étrangères augmentait son rayonnement et la sympathie des nombreux publics étrangers devant lesquels il se produisait ; sa domiciliation formelle en Suisse était la réponse de bon sens d’un homme qui faisait rentrer suffisamment d’argent dans les caisses de l’État français pour refuser le surcroît d’imposition auquel son socialisme structurel nous contraint – presque – tous.

Sans rien renier de sa nationalité française, Charles Aznavour a usé de sa célébrité internationale pour aider un petit État de trois millions d’habitants, pour le représenter, et aussi pour défendre la mémoire des victimes du génocide turc qui a quasiment éliminé la population arménienne de ce pays, plus importante que celle qui subsiste en Arménie proprement dite.

Cela n’atteint en rien la France. C’est tellement vrai qu’il souhaitait avec bon sens que les chrétiens du Moyen-Orient soient privilégiés dans l’accueil de l’immigration, parce que, comme les Arméniens, persécutés par les musulmans chez eux, ils viendront en France en aimant ce pays, et non pour y trouver de quoi vivre mieux, tout en le détestant.

, né à Barcelone, qui n’a pas changé son prénom lorsqu’il a été naturalisé français, retourne en Espagne avec la double nationalité pour y tenter une carrière dont il mesure l’échec en France. Son destin narcissique n’est pas un destin français, ni espagnol, ni catalan. Il n’intéresse que lui et on espère que les Espagnols de Barcelone le lui diront clairement.

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