CETA : Quand la Macronie se moque de l’avis des Français

VALERIE HAYER

Il est l’un des accords de libre-échange qui étaient au cœur de la colère paysanne du mois de février dernier. Signé en 2016 et adopté en 2017 à l’échelle européenne, le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) supprime les droits de douane sur 98 % des produits échangés entre l’Union européenne et le Canada. Il est soutenu par certaines filières (viticole, notamment), mais fortement rejeté par les éleveurs français, qui dénoncent des importations de viande de piètre qualité et ne respectant pas les normes sanitaires ou environnementales auxquelles ils sont, eux-mêmes, durement soumis.

En dépit de cette injustice criante, l’accord avait été adopté (de justesse) par l’Assemblée nationale en 2019. Il n’avait, en revanche, jamais été soumis au Sénat. C’est pour cette raison que des élus communistes l’ont mis à l’ordre du jour de leur niche parlementaire, le 21 mars 2024. Le verdict a été sans appel : rejet massif des sénateurs. Le fameux traité sera donc de retour à l’Assemblée pour un nouveau vote, le 30 mai prochain.

La Macronie droite dans ses bottes

Sensibles aux arguments soulevés par les agriculteurs français, gauche et droite sont désormais majoritairement opposées au CETA. Ce dernier pourrait donc être rejeté lors du vote prévu le 30 mai. Pourtant, une telle décision pourrait s’avérer sans effet. Interrogée sur ce sujet, lundi 25 mars, sur France Info, Valérie Hayer a ainsi fait savoir que le gouvernement pourrait parfaitement s’asseoir sur le vote des représentants du peuple. La France « a des process institutionnels sur ces questions-là », a expliqué la tête de liste Renaissance aux élections européennes 2024, se disant « convaincue que cet accord, il est bon pour nos agriculteurs ». « Ce sera la décision du gouvernement de voir quelle position sera prise », en cas de rejet du CETA par l’Assemblée, a-t-elle ajouté. Pourrait-il être appliqué même si les deux chambres votent contre ? Réponse de l‘intéressée : « Il pourrait. »

CETA : Quand la Macronie se moque de l’avis des Français 

L’opposition n’a pas tardé à réagir à ce déni caractérisé de démocratie. « Le plus simple c’est de supprimer le Parlement. Ça ira plus vite », a ironisé Fabien Gay, sénateur communiste de Seine-Saint-Denis. Tête de liste LFI, Manon Aubry a raillé l’habitude prise par le gouvernement de « passer en force », rappelant l’usage fréquent qui avait été fait, précédemment, de l’article 49.3. De son côté, le député LR de Belfort Ian Boucart a salué avec ironie une « belle conception de la démocratie ».

Une entourloupe législative

Il se trouve, pourtant, que l’avis des deux assemblées représentatives risque bien de compter pour du beurre et que l’opposition ne pourra rien y faire. La législation européenne prévoit qu’en cas de non-ratification d’un traité, son application soit remise en cause dans toute l’Europe… si et seulement si le pays concerné prend la peine de le notifier à Bruxelles. Or, rien dans les textes n’oblige le gouvernement français à le faire ! Cette entourloupe a déjà servi, par le passé : en juillet 2020, le Parlement de Chypre avait rejeté le CETA, mais le gouvernement chypriote n’a jamais notifié ce rejet à l’UE, permettant à l’accord dénoncé de continuer à s’appliquer comme si de rien n’était…

Cette nouvelle affaire illustre l’omnipotence d’un projet européen qui avance coûte que coûte, avec toujours plus de brutalité, indifférent aux protestations des peuples méprisés.

Jean Kast
Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

71 commentaires

  1. Dans ce cas la ! Ca sert à quoi que l’exécutif face voter les parlementaires, c’est à dire les Sénateurs et les députés ! Si le pouvoir Macronnien actuelle est décidé à s’assoir sur ce que pense les parlementaires, Sénateurs et Députés ! Le Président et son gouvernement, n’ont qu’à présider et gouverner par ordonnances ca serra plus simple ! D’ailleurs il n’ont qu’à dissoudre le Parlement, le Sénat et l’Assemblé Nationale ! Puisque le pouvoir Macronnien et le Gouvernement Attal veulent diriger et gouverner, sans le Peuple et contre le Peuple ! Au jour d’aujourd’hui on n’est plus à ca près ! Amitiés à tous Hervé de Néoules !

  2. Je ne suis pas pour Macron et sa clique d’amateurs, mais je dois reconnaitre et dénoncer que cette femme opportuniste vendue à la cause a raison dans son discours….! Elle fait valoir que nos députés avaient largement soutenu cet accord mortifère alors qu’il s’avérait déjà contre notre agriculture Même nos sénateurs n’avaient pas même senti l’opportunité d’alors s’y opposer aussi. C’est bien qu’ils sont tous complices et que l’intérêt de nos paysans ne les soucie pas plus hier qu’aujourd’hui….

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