Armées - Editoriaux - 22 mai 2019

Cédric et Alain… morts pour la France

Le temps s’est arrêté, deux heures durant, dans la cour d’honneur des Invalides, le mardi 13 mai dernier.

Le silence, à peine troublé par une sirène automobile et quelques parlementaires dissipés, révélait, bien avant que ne commence la cérémonie, la gravité de l’hommage qui allait être rendu. Les autorités de l’État, les familles et les frères d’armes d’un côté, les troupes des trois armées, la musique et le drapeau du 1er régiment de fusiliers marins de l’autre. Ni curieux, ni presse intempestive, pas de faux-semblants ni de postures artificielles ; à l’évidence, l’émotion n’était pas feinte.
Accompagnés par vingt de leurs camarades du commando Hubert, les deux cercueils drapés de tricolore n’en finissaient pas de quitter la cathédrale Saint-Louis lorsque retentirent cornemuses, bombardes et caisses claires du bagad de Lann-Bihoué livrant, dans une version magistrale très émouvante, la « Marche des soldats » de Robert Bruce.

Entrant de manière éclatante dans l’histoire de notre pays, les premier maîtres Cédric de Pierrepont, 33 ans, et Alain Bertoncello, 28 ans, avaient bien mérité que leurs noms soient prononcés dans ce lieu où tant d’autres noms héroïques raisonnèrent avant les leurs. Ils servirent ensemble, souffrir ensemble et moururent ensemble… pour la France ! Le chef des armées le rappela avec justesse dans un éloge d’une grande dignité avant de nommer chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.

Consentir au sacrifice suprême pour notre pays, en 2019, au moment où tant de signaux manifestent la profonde indifférence des uns pour les autres et où l’égoïsme le plus cynique est devenu la règle, c’est donner le témoignage que tout n’est pas perdu et que le flambeau a été transmis.

À ce moment-là saute aux yeux de tous la réalité de ce à quoi nous assistions. Du dernier des anonymes aux plus hautes autorités civiles et militaires, chacun, dans son for interne, ne pouvait pas ne pas méditer et faire le point sur le sens de son existence et de la mesure de sa générosité.

Et moi, pour quoi suis-je capable de servir ? Jusqu’où suis-je capable de donner sans compter, ni soucis des blessures ? Qu’ai-je été capable de sacrifier pour la patrie entre 20 et 30 ans ?

Certainement que ces interrogations paraîtront désuètes et surannées aux belles âmes progressistes, mais elles n’en sont pas moins tout à fait à propos dans ces circonstances. Débiteurs insolvables, notre reconnaissance à l’égard de ces héros de France restera toujours bien insuffisante.

Les êtres désintéressés sont ceux qui poursuivent des intérêts supérieurs. Ils en étaient. Leur mort nous bouleverse mais notre fierté d’appartenir à un pays capable de faire naître de tels hommes nous réconforte et nous oblige.

Ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort. Cédric et Alain toujours présents !

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