Editoriaux - Education - 7 juin 2019

Ce qu’on n’ose pas dire sur les raisons de l’illettrisme…

On en parle, on en reparle. On réforme, on reréforme. On compte, on recompte… et c’est chaque fois pire que la précédente.

Ainsi, la dernière étude publiée, fin mai, par le ministère de l’Éducation nationale révèle des chiffres catastrophiques : 10 % des Français âgés de 16 à 25 ans ne savent pas lire correctement, soit qu’ils ne comprennent pas le sens de ce qu’ils ânonnent, soit qu’ils sont carrément incapables de déchiffrer un texte. Une moyenne, donc, qui inclut les 5 % de réels illettrés !

Cette étude a été réalisée à partir des performances des 713.000 participants à la Journée défense et citoyenneté (JDC), en 2018. Comme les fameux « trois jours », préambule pour les garçons à l’ancien service militaire – qui comportaient visite médicale, tests d’aptitude intellectuelle et professionnelle ainsi qu’un entretien avec un officier orienteur –, cette journée permet d’évaluer le niveau général d’une tranche d’âge.

On retombe, alors, sur ce mystère épais : dans notre pays où l’on se targue d’amener 80 % d’une classe d’âge au bac (79 % de diplômés en 2017 !), le nombre de jeunes illettrés ne cesse d’augmenter ! Dans le détail de cette étude relayée par Le Point, on découvre que « sur ces jeunes âgés de 16 à 25 ans, 11,5 % “sont en difficulté de lecture”, 5,2 % de l’ensemble “peuvent être considérés en situation d’illettrisme” caractérisé notamment par “un déficit important de vocabulaire” » Quant à ceux qui s’en tirent à peu près, soit 6 % de l’ensemble, ils ont « un niveau lexical oral correct, mais ne parviennent pas à comprendre les textes écrits ». Quant au distinguo de genre – pardon, messieurs-mesdames –, il est aussi révélateur : 13,2 % des garçons sont concernés, contre 9,6 % des filles. Remarque, en passant : on voit rarement les filles faire « le chouf » à l’entré des cités… Mais j’y reviendrai plus loin.

Reste, enfin, la localisation géographique, puisque sectorisation il y a : les départements les plus touchés sont ceux du Nord et de l’Île-de-France. Voilà donc pour les chiffres, lesquels ne disent rien des raisons de cette dégringolade. Raisons multiples, évidemment, mais pour beaucoup fort politiquement incorrectes, et c’est pourquoi on se garde bien de les dire. Le Point a ouvert ses pages au linguiste Alain Bentolila, qui martèle que tout se joue à la maternelle, car « si l’enfant n’a pas assez de vocabulaire au CP, il pourra toujours apprendre à déchiffrer, son déchiffrage tournera à vide », dit-il. Et d’enfoncer (modérément) le clou : « On ne peut pas accepter que le sort de certains élèves soit scellé dès 6 ans selon qu’ils sont nés du mauvais côté du périphérique ou dans des friches rurales. » Je traduis : quand on fréquente une école où l’on recense 70 nationalités et une classe où l’on parle parfois 30 langues ou dialectes différents, quand, enfin, on n’entend parler français que dans la bouche du maître, maîtriser la lecture à 6 ans relève, en effet de l’exploit.

À cela, il faut ajouter un autre drame : les ravages des écrans en général, et du téléphone mobile en particulier. Bien avant la maternelle, un enfant a besoin qu’on lui parle, qu’on l’écoute et surtout qu’on l’éveille. Il a besoin d’un environnement où l’écrit et ses supports ont leur place. Il a besoin qu’on lui lise des histoires, seul moyen de l’entraîner dans l’univers merveilleux des livres et de lui transmettre le goût et le plaisir de la lecture. Or, que voit-on ? De plus en plus de parents – de mères, hélas – qui circulent avec leurs enfants sans leur accorder la moindre attention, rivées qu’elles sont à leur smartphone. En transports en commun, dans les magasins, au parc… elles n’ont pour interlocuteur que leur écran. Pour ces enfants-là, pas de mots, pas d’histoires, mais bien souvent la télé comme nounou… et plutôt celle qui entre par la parabole installée sur le balcon, au-dessus des ados qui font le chouf à l’entrée de la tour HB25 de l’allée Gagarine…

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