Barbara le chantait : « Ça ne prévient pas quand ça arrive, ça vient de loin, ça s’est promené de rive en rive, la gueule en coin. » Mais le mal de vivre prend aujourd’hui un tour plus collectif et politique, c’est celui de notre démocratie, promenée de la rive droite à la rive gauche, entre mensonge et lâcheté, reniement et reculade, et qui mine maintenant notre pays.

Qu’est-ce que le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, dès lors que ses élus le bernent en permanence, qu’il le sait et s’en accommode en sachant qu’une manifestation violente fera tomber le voile de sa légitimité et dispersera son autorité ?

Lorsqu’on entend Fabius nier toute rançon versée par l’État pour libérer les otages d’Arlit, on voit en filigrane l’image de Cahuzac niant, en bloc et en détail, l’existence de son compte suisse. On se dit qu’il s’agit, comme le dévoile Le Monde, de fonds secrets qui, par définition, ne doivent pas être révélés au public, de ces fonds qui ont servi à certaines campagnes, par exemple. On remarque le regard de Fabius qui se détourne et son art de ne pas répondre à la question : puisque les quatre otages libérés sont liés à des entreprises, contrairement au cinquième qui est toujours détenu, ne s’agit-il pas de fonds « privés » ? Ce serait tellement plus habile, même si de telles sociétés ne sont pas si privées qu’on le dit. N’y a-t-il pas eu des compensations politiques ou judiciaires ?

Le bonheur des ex-otages et de leurs familles a vite laissé la place dans les médias au soupçon sur les conditions de la libération, et aux inquiétudes sur les conséquences du versement d’une rançon. Renaud Girard, grand reporter au Figaro, citait récemment un de ses confrères australiens lui disant : « Vous avez un bandeau sur le front où est écrit “5 millions de dollars”, moi, je ne vaux rien. » L’autre solution, ce sont les deux jeunes Français de Linselles tués lors de l’intervention militaire française, entre Niger et Mali, ou encore l’agent de la DGSE abattu par ses ravisseurs en Somalie. Alors, on se fait une raison : on se dit que notre gouvernement fait bien de ne pas être courageux avec la vie des autres et on comprend qu’il nous mente.

Le problème, c’est qu’on s’habitue. Les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. L’anaphore célèbre de Hollande ou l’éloquence du menton de Chirac cachaient l’une et l’autre, derrière le ton péremptoire, une mollesse et une pusillanimité étonnantes chez qui aspire au pouvoir. En fait, elles sont les « qualités » de celui qui a su naviguer entre les courants et pratiquer les compromis comme les compromissions au sein du milieu politique. Les électeurs savent parfaitement qu’un programme est une figure de style. Ils ne demandent pas aux élus de le respecter, mais d’être ou, au moins, de paraître efficaces. Sur le marché politique, on sait que la publicité est mensongère, mais on demande quand même au produit de répondre au besoin ressenti. Peu importe ce que disent les politiciens, il faut que le chômage recule vraiment, que la sécurité soit mieux assurée et qu’on ne tombe pas sur des Roms à chaque carrefour. Si, en revanche, le pouvoir touche un point sensible, alors l’épreuve de force peut commencer. On devine que les élus mentent et ne sont pas courageux. Chirac a été paralysé par la mort de Malik Oussekine en décembre 1986. Il aura agi pendant huit mois sur une bien longue carrière. Sarkozy craignait les manifestations de rue comme la peste et prenait soin de les éviter en amont. Certes, les manifestations bien propres contre le mariage unisexe n’ont pas fait céder un gouvernement récent et ont soudé idéologiquement contre des « bourges catho et réac’ ». En revanche, la colère bretonne n’a rien de philosophique et elle est violente. Le gouvernement, affaibli par le temps et divisé, recule tandis que l’opposition ment effrontément : le spectacle est complet.

Mensonge et lâcheté, un pouvoir professionnel que l’on consomme et qui se consume de plus en plus rapidement, est-ce vraiment cela, la démocratie ?

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