Il n’est pas content, l’ex-PDG de Renault-Nissan, et il l’a fait savoir depuis son exil du Liban. Dans une interview accordée, samedi 11 juillet, à la chaîne Al-Arabiya et que rapportent les médias français, il accuse la France de l’avoir « traité encore moins bien qu’un citoyen français lambda ». En quoi on ne peut pas lui donner tout à fait tort…

est arrêté le 19 novembre 2018 à la descente de son jet privé, dans une mise en scène retentissante et tout à fait inhabituelle chez les Nippons. Comme l’écrit alors Le Point, la règle habituelle, au Japon, lorsqu’un scandale touche une entreprise ou l’un de ses responsables, « est que l’intéressé ou ses principaux collaborateurs fassent une “conférence de presse d’excuses” au cours de laquelle tous les médias peuvent faire la photo voulue des membres de la direction courbés à 90 degrés en train de “demander à tous d’excuser la gêne causée” ». Non seulement Hiroto Saikawa, patron de Nissan, ne se plie pas en deux, mais il accuse ouvertement Carlos Ghosn d’avoir « concentré tout le pouvoir dans ses seules mains pendant des années ; et son long règne avec la double casquette de PDG de Nissan et de Renault a eu des conséquences malsaines », dit-il.

Enfermé comme un vulgaire malfrat dans une cellule où jamais la lumière ne s’éteint, le grand patron du grand business comparaît, le 8 janvier 2019, devant le tribunal de Tokyo, amené là avec une laisse à la taille. Il serait encore dans les geôles nippones s’il n’avait décidé de se faire la belle dans la nuit de la Saint-Sylvestre d’une façon des plus rocambolesques.

Avait-il d’autre recours que l’appel à la barbouzerie ? Pas vraiment, à en croire celui qui accuse, aujourd’hui, ouvertement l’État français de l’avoir lâché. « Ils m’ont soutenu le premier mois. Je pense que ce soutien aurait dû être meilleur. Un officiel m’a dit que s’il avait été président de la République, il m’aurait fait sortir en 24 heures. L’ambassadeur américain au Japon a dit à son homologue français que si j’avais été président d’une entreprise américaine, j’aurais été dehors en 24 heures », dit-il à Al-Arabiya. Un seul Français lui a rendu visite : Nicolas Sarkozy, entrevu « une demi-heure à l’ambassade de France au Japon lorsqu’il représentait à la cérémonie organisée pour le nouvel empereur japonais ». C’est tout. C’est peu.

Et Carlos Ghosn d’avancer une explication, somme toute, fort plausible : « On m’a dit qu’il y avait eu une réunion entre le ministre français de l’Économie et deux représentants de Renault. Le ministre a dit qu’ils ne pouvaient plus soutenir Carlos Ghosn parce qu’à cette époque, il y avait le mouvement des Gilets jaunes. »

Là, voyez-vous, j’ai tendance à le croire…

Rappelons-nous : en décembre 2018, c’est le parfum d’émeute qui monte au nez, la masse se prend à rêver de révolution et de têtes au bout des piques. On casse, on brûle, on vandalise l’Arc de Triomphe, on veut prendre l’Élysée d’assaut… Alors, défendre un PDG ? Pensez ! Dans une France qui déteste l’argent – pardon, qui déteste ceux qui en gagnent –, voilà qui paraît impensable. Alors même si Carlos Ghosn a sauvé Nissan et fait de Renault un groupe d’envergure mondiale, on ne peut le soutenir sans déchaîner un peu plus « la colère du peuple ». Qu’importe les conditions de détention absolument indignes, les privations sensorielles, l’impossibilité de voir sa famille au parloir comme n’importe quel malfrat… Pour sûr, rien à voir avec la détention douillette d’un Balkany dans le quartier des VIP.

Il paraît que les Japonais voulaient le faire craquer, mais Carlos Ghosn a trouvé mieux : l’exil rocambolesque au fond d’une malle, via la . De quoi nourrir un scénario tourné par Hollywood et qui réjouira… les gilets jaunes, peut-être ?

À lire aussi

Immigration : Le Monde et les merveilleuses histoires des « hébergeurs citoyens »

Ça et là, pourtant, le ton du récit se fait acide, mais c’est pour pointer l’iniquité de n…