Editoriaux - Justice - Religion - 13 mars 2019

Cardinal Philippe Barbarin, bouc émissaire ?

Les personnes qui ont lu René Girard ne sont pas obligées d’abonder dans son sens, mais peuvent-elles faire comme si elle ne l’avait pas lu ? Le prisme de sa “théorie mimétique” est trop dérangeant et trop puissant pour laisser indifférent. Pour René Girard, le désir n’est pas original, il n’est que l’imitation du désir d’un autre par mimétisme. Dans un groupe archaïque, les désirs de chacun, qui sont en concurrence, engendrent une confusion de plus en plus grande qui dégénère en crise et menace l’unité du groupe. Au paroxysme de cette crise, une polarisation de tous les conflits se fait au détriment d’un seul individu : le bouc émissaire, qui est collectivement lynché. La paix revient dans le groupe, elle est attribuée au pouvoir de ce bouc émissaire, alors on le divinise et on écrit le mythe en lui inventant une culpabilité, pour cacher celle des lyncheurs. C’est la genèse des religions archaïques. Moralité : le bouc émissaire est en fait innocent.

Bien sûr, nous ne sommes plus une société archaïque. Mais…

L’antagonisme des désirs qui s’opposent et génèrent des crises – la “dissociété”, pour employer un néologisme savant -, nous ne voyons que cela. La prégnance chrétienne du monde avait réussi, pour les générations passées, à filtrer, canaliser, orienter, censurer même les désirs avec l’aide de la morale. Nous en portions-nous plus mal qu’en ces temps de relativisme triomphant ? Et, surtout, les perspectives de chaos, du tous contre tous, n’étaient pas aussi probables, aussi proches.

Les médias et les réseaux sociaux sont devenus des machines à polariser d’une redoutable efficacité. Le lynchage médiatique* est, maintenant, un outil de pouvoir pour ceux qui savent, veulent et peuvent s’en servir. Parler d’asservissement des lyncheurs n’est sans doute pas une exagération.

Non sans hypocrisie, Libération et Le Monde, pas les derniers à jeter l’anathème sur le cardinal Barbarin, aimeraient parfois faire oublier leur complaisance envers la pédophilie que ces quotidiens prétendument de référence ont fait jadis paraître. Malheureusement pour eux, il est des Français à la mémoire pas si courte… Il y a aussi des soupçons : ces médias n’ont-ils pas souhaité tirer vengeance du cardinal parce qu’il avait incarné un refus de dérives sociétales ?

Le cardinal Barbarin a commis des erreurs, c’est indéniable. De communication, entre autres.

Pensant que les agissements odieux étaient prescrits et en l’absence de rechute, il a tu les fautes et a maintenu sa confiance au prêtre qui les avait commises. Pour cette raison, le tribunal a décidé de le sanctionner.

L’Église comme organisation est coupable, elle est devenue par certains aspects détestables, ce que saint Jean-Paul II appelait une “structure de péché”. Elle peut et doit se réformer. Le pape François, quand il dénonçait les “quinze maladies de la Curie”
, a posé un diagnostic. Sans doute que sur l’ordonnance, pour la soigner, il faut écrire le nom de quelques prélats dont elle devrait être en quelque sorte amputée** : tous ceux qui ont commis des fautes, bien sûr, et peut-être aussi quelques innocents.

Cardinal Philippe Barbarin, quelle que soit la décision du pape François, recevez ma compassion : vous êtes la victime d’un lynchage médiatique bien organisé.

* cf. notre dernière élection présidentielle.
** Lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 12-27

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