Editoriaux - Société - 16 mai 2019

Camps de migrants et trottinettes électriques : le quotidien du Parisien…

Paris, « ville inclusive » ? C’est « la réponse aux défis du XXIe siècle », affirmait Anne Hidalgo, lors d’un entretien accordé à La Tribune, en 2016. Toutefois, l’inclusion n’exclut pas les quelques menus soucis qu’on sait. Soucis qui, ne serait-ce que pour les touristes, commencent dès l’arrivée à l’aéroport de Roissy.

Ainsi, de plus en plus de chauffeurs de taxi éviteraient de leur faire emprunter la porte de la Chapelle, apprend-on dans 20 Minutes de ce jeudi 16 mai : « La première image que les touristes ont, en arrivant à Paris, plus belle ville du monde, ce sont les tentes, les réfugiés, les toxicos… » Même son de cloche chez un autre de ses confrères : « Quand je viens de Roissy, je passe par la porte de Clichy ou Maillot. À la Chapelle, des gens tentent d’ouvrir la portière, de casser la vitre. Avant, la situation faisait mauvais genre, maintenant, c’est dangereux. »

Manifestement consciente du phénomène, Anne Hidalgo affirme : « La situation n’est plus acceptable et n’est plus vivable. On ne peut pas faire comme si la situation n’existait pas. » Fort bien, cette « situation » étant même tenue pour « indigne ». Mais, au fait, de quelle « situation » parle-t-elle en des termes aussi virilement genrés ? Celle des « migrants », évidemment. Et celle des riverains ? Ce sera sûrement pour plus tard. Un jour. Si Dieu veut.

En attendant, les riverains oubliés tentent de s’organiser, entre campements de fortune, deals de crack, misère et violence. Et ne parlons pas du quotidien des riveraines… Voilà pour la face cachée de la Ville lumière, même si ça tendrait aussi à se couvrir sur sa face plus ensoleillée, avec ces trottinettes électriques naguère symbole triomphant de la coolitude citoyenne de progrès – ou un concept approchant.

Ainsi faut-il savoir que douze sociétés se disputent ce qui, hier, était le marché de demain avant de devenir le problème d’aujourd’hui, alors même que « la viabilité économique du secteur reste à prouver », s’inquiète-t-on dans Les Échos. 15.000 de ces engins circulent actuellement dans Paris, en une assez réjouissante sarabande de chevilles brisées, de traumatismes crâniens et de côtes fêlées. Les 40.000 unités étant promises pour bientôt, l’avenir s’annonce des plus radieux dans la capitale.

Profitant d’un vide juridique bienvenu – dans quelle catégorie d’humains montés sur roulettes faut-il en classer les usagers –, nos trottinetteurs s’accaparent donc à la fois chaussées et trottoirs en une fort curieuse conception du vivre ensemble. Que faire ?

Leur attribuer un couloir spécifique ? Mais entre les voies réservées aux voitures, aux vélos, aux bus et aux taxis ; à moins de leur creuser un tunnel sous les pavés, on ne voit pas.

En réguler l’usage ? Pourquoi pas, surtout quand on sait que la France connaît une sévère disette en matière de réglementation. Il serait, ainsi, question de « mise en fourrière des trottinettes en stationnement gênant ». Fort bien. Mais qui paiera ? La société propriétaire du bidule ? Ou son locataire du moment, dont on voit mal pourquoi il mettrait la main à la poche pour récupérer un bien qui n’est pas le sien ? Pas de doute, Nathalie Loiseau, qu’on verrait bien proposer la limitation à 80 km/h des trottinettes électriques, histoire que les automobilistes campagnards ne soient pas les seuls à être stigmatisés, doit être une des conseillères occultes d’Anne Hidalgo. Il n’y a pas d’autre explication.

Autre mesure envisagée : « L’obligation de vérifier que les utilisateurs connaissent les bases du Code de la route. » Au point de vue faisabilité, voilà qui s’annonce sous les meilleurs augures. On imagine le défilé d’agents municipaux chargés d’alpaguer le hipster en goguette au moment où il s’apprête à louer son bolide pour lui faire passer un examen d’auto-école, au débotté, sur le macadam. La gauche réaliste porte décidément bien son nom.

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