Quelques jours à peine après que deux de nos militaires ont été tués au Mali, le Burkina Faso vient d’être l’objet d’une attaque terroriste de grande envergure. À Ouagadougou, ce vendredi 2 mars, des combattants islamistes s’en sont pris à l’état-major des forces burkinabè ainsi qu’à l’ambassade de France, provoquant la mort d’une trentaine de personnes au cours de combats qui ont duré plusieurs heures. Cette opération visiblement préparée et coordonnée, qui intervient peu de temps après la mise hors d’état de nuire, il y a quelques semaines, de plusieurs dizaines de djihadistes par les forces françaises et maliennes combinées dans le Nord-Mali, ne peut que renforcer les interrogations qui s’imposent autour de l’opération Barkhane actuellement en cours.

Parmi celles-ci, la question de l’efficacité des actions entreprises par les forces du G5 Sahel et de la France, ainsi que la capacité de ces forces à éliminer durablement les groupes armés terroristes (GAT) dans cette partie de l’, se pose avec acuité.

Fortement déstabilisé pour des raisons historiques, politiques et économiques, le Sahel est devenu, ces dernières années, extrêmement perméable aux thèses développées par les djihadistes. Ainsi AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) ainsi que d’autres groupes terroristes ont pu s’implanter dans cette région et mènent, désormais, une guerre sans merci aux gouvernements en place ainsi qu’aux pays occidentaux qui les soutiennent. La France, particulièrement concernée par cette guerre qui se déroule au cœur même de ce qui fut son “pré carré”, est donc engagée durablement dans un conflit qui menace tant sa paix extérieure qu’intérieure.

Pour faire face à cette menace, l’opération Barkhane, débutée le 1er août 2014, engage actuellement 4.000 soldats français, présents dans cinq pays (Mali, Mauritanie, Niger, Burkina Faso et Tchad). C’est aussi un budget de près de 600 millions d’euros qui s’inscrit dans un surcoût net global des OPEX menées par la France estimé à 625 millions d’euros. L’attaque menée à Ouagadougou prouve cependant que malgré les succès indéniables remportés par nos militaires sur zone, les groupes terroristes restent porteurs d’une réelle menace et ne semblent pas en voie d’être rapidement mis hors de combat. En effet, la tactique employée – celle du harcèlement, des embuscades et des attentats en séries – ainsi qu’un contexte géographique favorable à la dissimulation et aux replis stratégiques laissent présager d’un conflit qui sera encore long et coûteux pour nos économies.

Ainsi, la France seule, engagée aux côtés de pays africains aux économies et aux ressources humaines et matérielles fragiles, risque fort de se retrouver rapidement enlisée dans un conflit auquel elle aura les pires difficultés à faire face. Dès lors, trois scénarios se font jour. Le premier, qui verrait un écartèlement des forces armées sahéliennes et une opération Barkhane esseulée incapable de résoudre, à elle seule, l’ensemble des problèmes. Le second, qui, à l’inverse, verrait une victoire des forces sahéliennes contre les groupes armés terroristes grâce à l’appui et l’intervention de forces régionales supplémentaires (Sénégal, Cameroun et Nigeria). Enfin, le troisième, le plus probable, qui verrait la menace djihadiste contenue mais latente, et la présence de la France au Sahel inscrite dans un temps long. Le 6 mars 2011, le colonel Kadhafi, avant qu’il ne soit pourchassé et tué sous le regard bienveillant des Occidentaux, faisait cette déclaration au Journal du dimanche : “L’Occident a le choix entre moi ou le chaos terroriste.” Sur ce point, au moins, le dictateur ne s’était pas trompé.

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