Audio - Editoriaux - Entretiens - 30 avril 2019

Bruno Gollnisch : « L’empereur du Japon fait l’unité de la nation »

Après trente ans de règne, l’empereur du Japon Akihito a conclu, mardi 30 avril, les cérémonies d’abdication, cédant le trône à son fils aîné Naruhito, première abdication dans l’histoire contemporaine du Japon.

Explications de Bruno Gollnisch, fin connaisseur du Japon, au micro de Boulevard Voltaire.

L’Empereur Akihito a abdiqué, aujourd’hui, au profit de son fils. Est-ce une première dans l’histoire des empereurs du Japon ?

On dit que c’est la première abdication depuis deux siècles. En réalité, la pratique de l’abdication de l’empereur était assez fréquente au Moyen Âge. Il y a eu une période où se pratiquait ce qu’on appelle le système insei. Les empereurs se retiraient lorsqu’ils atteignaient l’âge adulte. Ils prenaient, en quelque sorte, leur retraite sous prétexte d’entrer dans les ordres, en l’occurrence bouddhistes. Ils se retiraient dans un monastère qui n’était pas très différent des palais de l’époque. Cela leur donnait davantage de liberté. Ils devenaient affranchis des pesants rituels de la cour. Ce n’est pas une novation totale dans l’histoire du Japon, mais dans l’histoire contemporaine du Japon.

Son fils, le prince Naruhito, va monter sur le trône à sa place. On sait que le père de l’ex-empereur Hirohito avait été maintenu malgré la défaite japonaise. Quel est le rôle de l’empereur du Japon ?

Le rôle de l’empereur est très important, bien qu’essentiellement symbolique. L’empereur est, en quelque sorte, un personnage sacré. Son origine est liée au shinto, plus précisément à la religion polythéiste primitive des Japonais. Elle a survécu jusqu’à nos jours, un peu comme si, en Occident, le christianisme n’avait pas fait disparaître les cultes antiques gréco-romains ou païens.
À ce titre, l’origine de la dynastie s’opère dans la nuit des temps. D’ailleurs, l’article 1er de la première Constitution moderne du Japon, celle de l’ère Meiji en 1889, disait que le grand Japon était un empire héréditaire dans la lignée unique de toute éternité. Autrement dit, il n’y a pas eu de problème d’usurpation dynastique, même si parfois telle ou telle branche de la famille impériale était en concurrence.
L’empereur est devenu un personnage intégralement démocratique sous l’empire de la Constitution actuelle adoptée en 1945 après la défaite. Il n’est plus que le symbole de l’unité de l’État et de la volonté du peuple en qui réside le pouvoir souverain. Par conséquent, il n’a aucun rôle politique, mais un rôle symbolique très important comme symbole de l’unité de la nation.

Vu de France et d’Occident, nous adoptons un point de vue assez people sur les familles royales. A-t-on des informations sur le nouvel empereur ?

On sait qu’il y a une tradition de discrétion. L’administration de la maison impériale était, autrefois, un ministère de la maison impériale. Elle avait la réputation d’être très discrète, presque secrète. Par conséquent, on ne sait pas énormément de choses sur la vie des empereurs. On en sait davantage après leur décès. On sait que l’empereur Taishō, le père de Hirohito, empereur Shōwa, était mentalement dérangé et faible. Cela avait obligé à prononcer non pas une abdication mais une régence. L’empereur Shōwa, l’empereur Hirohito, avait commencé en étant régent du vivant de son père jusqu’à son décès en 1989. Je dis empereur Shōwa parce qu’au Japon, on ne désigne pratiquement jamais l’empereur par son prénom, comme on le fait en Occident. On le désigne par le nom de l’ère qui correspond à son règne.

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