Editoriaux - Médias - Télévision - 30 avril 2019

« C’est Canteloup » : anti-Wauquiez ?

En préambule de mon article, il faut savoir ceci : Jean-Marc Dumontet est le producteur de « C’est Canteloup ». Lors de l’élection de 2017, il soutient Emmanuel Macron dont il vante la « modernité » et l’« audace folle ». Il s’interroge, dans le journal Le Point, s’il n’y a pas « du Bonaparte chez ce candidat ». Dumontet conseille le candidat pour ses meetings : mise en scène, langage corporel… Aujourd’hui, il ambitionnerait de devenir son ministre de la Culture, si l’on en croit un article du Figaro de 2018.

La semaine dernière, je regardais l’émission « C’est Canteloup ». Pendant près de sept minutes, j’ai assisté au pilonnage grossier du patron des Républicains, avec un humour de très bas étage, très compréhensible parce que du premier degré.

Le décalage, entre l’introduction de l’émission faite par un Président Macron, à l’allure soignée, sûr de lui, et cynique à souhait, qui se moque bien des Français, et ce qui va suivre dans l’émission va faire son œuvre dévastatrice. La suite ? Un Laurent Wauquiez présenté, dans l’ordre, comme l’idiot du village, le fils spirituel de Patrick Chirac (Franck Dubosc, dans le film Camping) et Oui-Oui, le grand couillon du Puy-en-Velay qui a des théories de chiot, Super Populiste habillé en Superman, raciste et homophobe enfin.

Mais pour que « Les Républicains » boivent le calice jusqu’à la lie, les premières insultes qui tombent sortent de la bouche de « Nicolas Sarkozy » et la dernière de la bouche de la « grand-mère » de Laurent Wauquiez qui le traite de « con » après lui avoir signifié que cela ne sert à rien de piquer les idées dégueulasses du FN, si ce n’est pour faire leur score.

Pour ceux qui sont un peu initiés à la politique, le coup est très bien monté. Un matraquage en règle qui tombe, comme par hasard, très bien à quelques semaines des élections européennes où la liste de François-Xavier Bellamy fait une belle remontée dans les sondages. Et c’est là qu’il faut peut-être commencer à voir les choses au second degré. De la même manière que le temps judiciaire peut venir interférer dans le temps électoral d’une personnalité politique gênante, le temps des humoristes ne peut-il concourir à la même finalité ?

D’une seule pierre, plusieurs coup précis sont placés pour introduire dans la tête des téléspectateurs de « C’est Canteloup » que Wauquiez n’est pas au niveau, que les idées qu’il développe sont celles du RN, ne lui apportent rien en matière d’intentions de vote et, enfin, que la droite qui se porte bien est au gouvernement et que celle de Wauquiez a autant de chance de remporter les élections européennes que Borotra Roland-Garros (propos tenus par l’imitation de Sarkozy, qui prennent d’autant plus de relief que la presse « mainstream » se plaît à mettre en avant les pas de deux entre l’ancien Président et le Président Macron).

Comment, alors, ne pas se poser la question : l’émission « C’est Canteloup » ne serait-elle pas, un peu, au service de Macron ? Mais pas du tout ! La preuve : le lendemain de ce pilonnage de Wauquiez, « C’est Canteloup » nous livrait un spécial Benalla. Sauf qu’ici, ce n’est pas notre « cher » Président qui fut pris pour cible et que le sujet traité ne fut pas l’affaire Benalla, mais Benalla lui-même. La narration est donc faite de telle manière que les rires vont se porter, dans l’ordre, sur Arnaud Montebourg, Martine Aubry, Édouard Philippe, Gérard Larcher et le roi du Maroc… Mais pas sur l’hôte de l’Élysée.

À vous de juger !

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