Editoriaux - International - 18 août 2019

Bras de fer sanglant entre islamistes en Afghanistan

Un nouvel attentat particulièrement sanglant a encore secoué Kaboul, samedi 17 août. Un kamikaze s’est fait exploser lors d’un mariage, tuant au moins 63 personnes et en blessant 182. Cet attentat fait suite à de très nombreux autres qui ont frappé tout l’Afghanistan et, en particulier, Kaboul. Les mariages sont une cible de choix en raison de la facilité à s’y introduire et du grand nombre de victimes potentielles.

Ce n’est pas tant l’élection présidentielle du 28 septembre prochain, qui provoque cet embrasement ciblant avant tout les civils, que les pourparlers de paix entre Américains et talibans (voir notre article du 16 août).

Ces pourparlers sont évidemment totalement rejetés par l’État islamique, qui veut prendre le pouvoir par la force et qui, par nature, ne s’associera jamais à une quelconque négociation. Principe officiel pas toujours respecté puisqu’en Syrie les hommes de Daech s’étaient retirés de Raqqa avec armes et familles après de longues discussions avec les forces kurdes sous le regard américain…

Mais nous n’en sommes pas là, en Afghanistan : l’État islamique a le vent en poupe et ses forces grossissent régulièrement au fur et à mesure des ralliements de combattants talibans. Car ces derniers sont profondément divisés. Les pourparlers de certains dirigeants à Doha avec le grand Satan américain en révulsent plus d’un : sur le principe, tout d’abord, mais aussi parce que de nombreux chefs locaux perdront une grande partie de leur pouvoir en cas d’accord final avec les Américains.

Impossible, donc, de savoir avec certitude qui est derrière ces attentats, de l’État islamique ou des talibans « non négociateurs », peut-être les deux d’ailleurs, vu leur très grand nombre.

Dans le même temps, l’aviation américaine multiplie les bombardements (« les frappes », selon ce doux euphémisme en vigueur depuis l’agression contre la Serbie en 1999) dans à peu près toutes les provinces du pays. On sait, depuis longtemps, que ces attaques n’ont que peu d’effet militaire mais qu’elles contribuent, en revanche, à exaspérer les civils qui en subissent le prix les premiers. Ce n’est pas pour rien si l’ONU a récemment rappelé que les opérations américaines et gouvernementales avaient tué, en 2019, plus de civils que toutes les attaques des talibans et de l’État islamique.

Cette stratégie, que les Américains n’ont jamais modifiée depuis qu’ils ont envahi l’Afghanistan en 2001, a des effets calamiteux. Elle donne des arguments majeurs à l’État islamique et aux talibans qui ne veulent pas négocier. Au moment crucial des discussions de Doha, voilà qui est tout à fait incompréhensible.

Un danger majeur plane, aujourd’hui, sur l’Afghanistan : la fusion des talibans non négociateurs (ils sont nombreux) et de l’État islamique. Malgré les différends sanglants qui ont opposé ces concurrents, on ne peut exclure une telle hypothèse. Le pire serait alors à craindre, c’est-à-dire la victoire de l’État islamique.

Après avoir échoué (de peu) en Syrie et en Irak, réussira-t-il en Afghanistan ?

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