Editoriaux - Politique - 18 août 2019

Emmanuel Macron surfe sur les commémorations : cela ne lui a pourtant pas réussi l’an dernier…

75 ans du débarquement de Provence et, dans quelques jours, de la libération de Paris. Discours du 15 août axé sur les combattants africains, le 16, bain de foule, avec tous les guillemets que vous voudrez, au milieu d’individus triés repérables à leurs bracelets verts, et vendredi, à Bormes-les-Mimosas, discours présidentiel du père de la nation tirant les leçons du passé pour les Français d’aujourd’hui. Une sorte d’appel de Brégançon, Emmanuel Macron invitant les Français « à se réconcilier » :

« Notre pays parfois se divise et nous avons vécu ces derniers mois des moments difficiles de division, parfois de violence, dont il nous faut savoir sortir. Il y a parfois des bonnes raisons d’être en désaccord et il faut les respecter, il y en a d’autres que l’on peut contester, il faut savoir toutefois les entendre ».

Entendre : comme un soupçon d’autocritique, bienvenu. En novembre dernier, le pèlerinage mémoriel qui l’avait conduit à enchaîner les commémorations de la fin de la Grande Guerre n’avaient guère empêché l’éclatement de la révolte des gilets jaunes, le 17 novembre précisément.

Cette fois-ci, encore un beau discours, avec ce qu’il faut de généralités, de beaux et grands sentiments, d’analyse historique et morale, de rapprochements entre alors et aujourdhui :

« Mais il ne faut jamais oublier que quels que soient les désaccords, aux grands moments de notre histoire, nous avons su nous réconcilier pour avancer […] Je crois très profondément que ce que notre pays, notre continent sans doute, et le monde occidental traversent aujourd’hui est une crise profonde de doute […] mais réside aussi parfois dans l’oubli du courage, dans l’esprit de résignation, dans les petits abandons. […] Ce qui porte notre pays, ce sont ces siècles de bravoure, c’est cette force d’âme, c’est cet esprit de résistance. C’est ce fait qu’il n’y a rien en France au-dessus de la liberté et de la dignité de chacun, cet amour de la France, c’est ce qui doit nous réconcilier. »

Après les résistants et les combattants de la Libération, Emmanuel Macron a dressé une liste des « héros d’aujourd’hui » : « Élus de la République, membres de la sécurité civile, policiers, gendarmes, militaires, soignants ». Sans vouloir minimiser la valeur et les mérites des uns et des autres, la comparaison n’est-elle pas excessive, les circonstances étant tout de même très différentes ?

Lors du bain de foule qui a suivi, il a développé : « Il peut y avoir dans une société des divergences et des débats, il en faut, et il faut savoir les faire vivre. Mais il faut savoir aussi ce qui nous tient, d’où nous venons, ce qui nous lie et ce qui nous permet aussi d’embrasser l’avenir. »

Tout cela est très beau, mais comment ne pas voir que cela sonne faux, que ce n’est plus audible quand, dans le même temps, le menu politique de la rentrée sera fait de trois sujets qui, justement, tournent le dos à notre passé, à « ce qui nous lie » : la PMA pour toutes, la réforme des retraites qui enterrera le système voulu par le CNR, et les conséquences des traités de libre-échange.

Alors, oui, du courage, de la force d’âme, de l’esprit de résistance, il en faudra, pour lutter contre ces réformes d’Emmanuel Macron, qui ne sont finalement que de nouveaux « petits abandons » à l’air du temps dictés par « l’esprit de résignation ».

Oui, un bien beau discours que cet appel de Brégançon.

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