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Editoriaux - People - 7 septembre 2018

Booba et Kaaris, seigneurs ou petits-bourgeois ?

Ceux qui ont raté leur avion en août pour cause de baston géante dans le hall de l’aéroport d’Orly ont sans doute cru qu’il n’y avait pas là une simple bagarre typique de « jeunes » issus des quartiers sensibles.

Mais cette erreur d’appréciation est réparée. Depuis hier, on sait que c’est un « clash mythique », une « punch line » aux dimensions planétaires entre deux géants du rap – cet art délicat et raffiné.

Nonobstant leur célébrité et leur fortune subséquente, leur carrure – 1,92 m et 110 kilos – et leur âge – a 41 ans et Kaaris 38 -, le procureur du tribunal de Créteil, devant lequel ils comparaissaient hier, les a traités comme deux lycéens.

Sans doute induit en erreur par leurs répétitives défenses de récré « C’est pas moi qu’a commencé », il a tenté de leur faire honte. « Vous avez donné un spectacle indigne et ridicule. Vous vous voulez des seigneurs. Vous n’êtes que des petits-bourgeois du clash ».

Voilà, quittez vos châteaux de sable, les gars. Rangez les épées en carton.

Pourtant, le spectacle de la salle – fans bruyants et vindicatifs venus défendre leur champion – ne fleurait pas bon le salon petit-bourgeois à copies Louis XV, et évoquait plus la guerre des gangs que la guerre des boutons.

Le Parisien rapporte, cependant, des propos plus réalistes du magistrat : « Ces deux leaders ont perdu toute lucidité. À les entendre, on comprend que baisser les yeux, détourner le regard, se taire, ignorer l’autre, c’est déjà abdiquer, perdre la face et devenir la risée d’un rival mais aussi de la planète. »

Certes. On est heureux que le magistrat ait conscience de l’existence de ce « code d’honneur » qui, « pour un mauvais regard », peut conduire à l’attaque violente, voire au meurtre de chacun de nous sans préavis.

Mais il y a plus. Le conflit qui oppose les deux rappeurs depuis cinq ans a un arrière-fond politique.

Pour Booba, qui s’exprime souvent sans filtre, si Charlie s’en était pris plein la gueule, c’est qu’il l’avait cherché. Il n’aime ni l’attitude de la France envers l’Afrique, ni les flics de la BAC…

Kaaris pencherait plutôt du côté de Quarteron, le boxeur black patriote qui aime la France et la remercie, dès qu’il en a l’occasion, de « tout ce qu’elle a fait pour lui ». Quarteron, Booba, lui, ne l’aime pas. Non seulement il soutient Kaaris, mais il a rappelé publiquement que lui même était né à Boulogne et avait vécu son enfance à Meudon. Pas vraiment la zone…

Booba est bien né à Boulogne, mais il est d’origine sénégalaise. C’est même pour cela qu’il s’appelle Booba. Lors de son premier voyage au Sénégal, il s’est lié d’amitié avec un de ses cousins, Boubakar. « Booba », c’est pour lui rendre hommage. Mais c’est aussi en souvenir du petit ourson de Chantal Goya nommé Bouba, dont une des chansons raconte l’histoire, a-t-il répondu à qui s’enquérait du choix de ce pseudonyme.

Un grand gosse, au fond. Quand la présidente du tribunal évoque le clip animé de Gotham, un de ses récents titres, où il décapite Kaaris, il dit : “C’est un dessin animé. Je tue tout le monde du début à la fin dans la vidéo. Tout ça, ce n’est rien, c’est Internet. Ce n’est que du divertissement.”

Bon, allez, c’est pas ben méchant, tout ça, finalement : 50.000 euros de dégâts, sept vols annulés… Une simple « collision », comme dit un des prévenus.

Un an avec sursis, ça suffira. Une peine qui sera sans doute confirmée le jour du délibéré, le 9 octobre.

À moins, bien sûr, que d’ici là… Quand on est le « Duke » du moment, c’est quand même une toute petite peine, ça. Sa « punch line » n’a pas explosé les compteurs. Ses avocats – onze, pas moins – rêvent sûrement qu’il joue les prolongations après ce premier round judiciaire.

Il est 1 h 17 quand Me Yann Le Bras, le dernier de ses avocats à prendre la parole, termine sa plaidoirie.

L’heure de poursuivre la teuf entre supporters.

Mais Booba ne joue pas les prolongations. Puisque l’interdiction de sortie du territoire a été levée, il peut rentrer chez lui. C’est désormais juste un peu plus loin, à Miami…

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