Editoriaux - Religion - Société - 1 novembre 2019

Bonne fête de la Toussaint !

La fête de la Toussaint évoque le souvenir des morts, ceux de la famille d’abord, dont on va fleurir les tombes, et pourtant, le « jour des morts » n’est que le 2 novembre. Comme son nom l’indique, la Toussaint est la fête de tous les saints, canonisés ou béatifiés. Mais rien n’y fait, la Toussaint est associée aux cimetières et on peut y voir, au-delà d’une fête strictement catholique qui n’existe pas pour les protestants et se célèbre à une autre date pour les orthodoxes, une fête particulièrement identitaire, où la religion révélée se marie étroitement avec des sentiments religieux venus des profondeurs du temps, et qui d’ailleurs se diluent dans une époque dénuée de profondeur.

Comme Noël est proche du solstice d’hiver, et fixe arbitrairement le jour de la naissance du Christ à peu de jours de la renaissance du soleil, de même, le mois de novembre est celui de la mort de la nature, des feuillages qui s’étiolent, d’un sommeil annuel, qui n’est pas dénué d’espérance. L’histoire de notre pays a d’ailleurs fait de ce mois celui des commémorations : ce sera bientôt le 11 Novembre et la célébration de la mémoire des héros de la Première Guerre mondiale, qui a coûté à la France 1.400.000 vies, une saignée dont elle ne s’est jamais remise.

Pour tous ceux qui vivront cette fête selon nos traditions, plutôt que comme un long week-end où l’on s’évade, ou comme le lendemain d’Halloween, cette festivité païenne, celtique, anglo-saxonne, qui revient en Europe, repeinte par la culture de masse américaine. Le week-end, comme Halloween d’ailleurs, sont deux signes de cette américanisation qui, petit à petit, dilue notre identité dans la mondialisation, comme si elle n’était pas déjà mise à mal par la présence de « communautés » importantes qui se réfèrent à d’autres traditions que, loin d’oublier, elles réveillent et amplifient parfois jusqu’à la provocation. La Toussaint est donc avant tout une fête de l’identité, celle de notre pays, dont les politiciens disent qu’il est attaché à la laïcité alors que, bien évidemment, il est, culturellement, d’abord catholique.

Combien de communes dont le nom commence par le mot « saint » ! Combien de rues, de stations de métro à Paris, qui se réfèrent à un saint, souvent parce qu’il est celui choisi comme protecteur de l’église voisine ? La France est revêtue d’« un blanc manteau d’églises » et d’abbayes, selon le juste mot de Raoul Glaber, un vêtement que la Révolution, malgré sa rage destructrice, et l’avidité des acquéreurs de « biens nationaux », n’est pas parvenue à lui arracher, que trop d’incendies ou de profanations lacèrent dans une relative indifférence.

Cette prise de conscience identitaire est essentielle. On ne peut exister en gommant ce que l’on est, en disant que la France est essentiellement un pays qui serait équidistant de toutes les religions. La liberté des cultes n’implique pas qu’on dénie à l’un d’entre eux d’être plus lié que les autres à notre histoire, à notre sensibilité, et donc à notre identité. Bonne fête de la Toussaint, donc.

À lire aussi

Finkielkraut/Maboula Soumahoro : le grand basculement

L’idée que la nationalité française est purement juridique leur permet de pratiquer « une …