Depuis plusieurs semaines, quelques universités continuent d’être bloquées. À Montpellier III, la direction a décidé, pour ne pas léser l’immense majorité des étudiants, de dématérialiser les examens, qui se passent en ligne (avec les risques de fraude inhérents à ce système). Voilà qui ne plaît pas aux « casseurs » ou aux « bloqueurs » (ce sont les termes employés par la présidence), qui ont vandalisé les serveurs.

De son côté, Frédérique Vidal, le ministre de l’Enseignement supérieur, condamne ces actes : “Il est intolérable”, déclare-t-elle, “qu’un groupe d’étudiants détruise le matériel de l’ et qu’il prenne en otage les enseignants-chercheurs et les étudiants qui ont besoin de valider leur examen.” Le préfet de l’Hérault et la rectrice de l’académie de Montpellier ont également exprimé leur indignation.

Encore heureux que les autorités aient dénoncé cet acte de délinquance, qui vise manifestement à empêcher les étudiants de passer leurs examens du second semestre. Mais il ne suffit pas de s’indigner, ni même de diligenter une enquête : il faut s’interroger sur la légitimité d’un blocage et d’une occupation par une petite minorité d’étudiants ou d’agitateurs d’extrême gauche.
Le blocage de l’accès à un site, l’occupation et la dégradation des locaux ou des matériels sont inadmissibles. C’est au président de l’université qu’il appartient d’appeler les forces de l’ordre, comme le rappelle le Code de l’éducation : “Il est responsable du maintien de l’ordre et peut faire appel à la force publique dans des conditions fixées par décret en Conseil d’État.” Le guide juridique rédigé par la Conférence des présidents d’université (CPU) précise d’ailleurs les modalités d’un appel aux policiers.

Les universités bénéficient, en effet, d’une « franchise universitaire » en vertu d’une bulle du pape Grégoire IX (1231). Cette tradition a été confirmée, jusqu’aux plus récentes lois, pour garantir la liberté d’expression et l’indépendance des facultés. Mais cette indépendance par rapport au pouvoir temporel conduit, dans la circonstance, à des abus visant à nuire au fonctionnement normal des établissements.

Force est de constater que les présidents d’université hésitent souvent à recourir aux forces de l’ordre : ils craignent d’envenimer la situation (selon le mécanisme bien connu des gauchistes : provocation – répression – solidarité) ou d’affronter l’hostilité d’une partie des enseignants, acquise aux thèses des bloqueurs. Demandent-ils, comme à Tolbiac, au préfet de police son concours pour rétablir le fonctionnement du centre, ils ne sont pas toujours entendus.

Cette absence de fermeté encourage l’action d’étudiants manipulés ou naïfs qui n’hésitent pas à employer des méthodes contraires aux principes de liberté et aux intérêts des étudiants qu’ils prétendent défendre. Par leur laxisme à l’égard de groupuscules d’extrême gauche, les pouvoirs publics cèdent devant la chienlit et l’encouragent à s’étendre. Notons qu’ils sont plus réactifs devant des actions attribuées à l’extrême droite.

Peut-être espèrent-ils en tirer, plus tard, un profit politique, par réaction d’une opinion exacerbée par le désordre, mais, en attendant, ils se couchent devant le totalitarisme gauchiste et participent au déclin des universités et à la dévalorisation de leurs diplômes.

Dans son entretien avec Jean-Pierre Pernaut, ce jeudi, sur TF1, comme si ses oreilles sifflaient pendant que j’écris cet article, a traité les bloqueurs d’“agitateurs professionnels du désordre”. Fort bien ! Mais qu’attend-il pour y mettre de l’ordre ?

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