Editoriaux - Politique - Société - 1 septembre 2019

Bientôt un nouvel esclavagisme ?

Ce 29 août, à l’Assemblée nationale, passe d’armes apaisée, selon La Croix, entre les représentant religieux et le professeur Touraine, président de la Commission des lois de bioéthique.

Jean-Louis Touraine, député LREM, qui aime, décidément, dans son argumentation pro-PMA, avoir recours « au religieux », a ressorti l’exemple biblique, dont il est coutumier, de la naissance d’Ismaël et d’Isaac. Que M. Touraine plaide la PMA devant une Éminence ne manquerait pas d’audace si Mme Taubira n’avait été encore plus directe avec les représentants des religieux, au temps du mariage pour tous. Or, « le recours au religieux » reste difficile à infléchir dans le sens de nos désirs. Et la rigueur intellectuelle reste de mise, qui demande de respecter la perspective historique et les genres littéraires. Et de ne jamais « projeter » le présent sur le passé, en l’occurrence une réalité sociétale sur des récits imagés hautement symboliques. D’autant que la Bible n’est pas un livre incréé tombé du ciel. Mais laissons Dieu de côté, si l’on peut dire. Outre qu’il ne s’agit pas, dans la naissance d’Isaac, d’une PMA-GPA, puisque aucun partenaire n’est anonyme, ce qui est important, dans ce récit des origines, c’est la filiation. Ismaël, né d’Agar, la servante, même si le Seigneur le bénira et en fera une grande nation, n’est pas « l’héritier » d’Abraham. Ce sera Isaac, né de sa femme Sarah, que Sarah conçoit naturellement — et merveilleusement — dans sa vieillesse. Reconnaissons néanmoins à M. Touraine une forme d’humour que l’on appréciera diversement : « Nous ne proposons que modestement non pas la GPA mais l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. » Sauf que M. Touraine a fait, une fois de plus, à son corps défendant, la promotion de l’esclavage.

La réponse vint donc naturellement de la bouche de Monseigneur d’Ornellas, archevêque de Rennes : « Dans ce cas comme dans les autres, les mères porteuses bibliques sont des esclaves. » Le professeur Touraine aurait bien aimé, pourtant, piéger Monseigneur d’Ornellas en « étendant » l’exemple de la famille biblique à la sainte Famille, matrice, selon lui, d’une conception rétrograde de la famille. Mais Monseigneur d’Ornellas ajouta, avec une bienveillance frappée au coin du bon sens : « Prendre exemple de ce qui est écrit sur Marie, Joseph et Jésus de la sainte Famille, c’est faire fausse route. » François Clavairoly, quant à lui, président de la Fédération protestante de France, rappela la rivalité ultérieure entre Ismaël et Israël. Et le Grand Rabbin Haïm Korsia de préciser : « La Bible souligne bien que l’enfant d’Agar sera écarté de l’héritage. » Origine, filiation, héritage : n’avions-nous pas là, dans cette « passe d’armes », les maîtres mots de la fabrique d’orphelins que s’apprêterait à faire l’État ?

L’exemple argumentatif de M. le professeur Touraine confirme donc, une fois de plus, le nouvel esclavagisme que représente la PMA en faisant le lien entre naissance biologique et filiation. Comme le rappela Monseigneur d’Ornellas, non sans humour, nous sommes, en tout cas, heureux de « ce cours de théologie sous les ors de la République » dans un climat cordial. Occasion de rappeler que foi et raison excluent tout fondamentalisme.

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