Editoriaux - Santé - 1 septembre 2019

Le véganisme sera-t-il le prochain scandale alimentaire ?

On estime à 3 % le nombre de mineurs belges qui ne consommeraient pas de protéines d’origine animale, et le chiffre en France doit être approximativement le même. Or, une étude publiée récemment dans le journal BMJ Nutrition, Prevention & Health alerte sur le grave danger que ferait courir le régime vegan aux enfants. Les diététiciens à l’origine de l’article mettent en cause la carence en choline, un nutriment produit en quantité insuffisante par le foie chez les humains. Cette substance se trouve dans les viandes ou les poissons, les œufs et les produits laitiers. Les végétaux en contiennent aussi, mais pas suffisamment. Il est difficile de suppléer au manque de choline en se gavant de suppléments alimentaires d’origine exclusivement végétale, alors que la vitamine B12, qui agit comme la choline et qui ne se trouve pas chez les végétaux, peut être synthétisée à partir de bactéries. (Débat philosophique que je suis incapable de trancher : exploiter des micro-organismes, les faire travailler pour le compte des humains est-il permis par l’éthique vegane ?)

La choline, selon cette étude, serait irremplaçable pour la croissance du cerveau des enfants et des fœtus. Une femme enceinte devrait en consommer 450 mg par jour. Ceux qui, pendant la grossesse de leur mère et leur propre enfance, n’auraient pas reçu une dose suffisante de choline connaîtraient (je cite l’article) une baisse drastique de leur QI. Cette étude n’est pas la première à tirer la sonnette d’alarme. En Italie, après l’hospitalisation de plusieurs enfants dans un état avancé de dénutrition suite à un régime sans protéines animales, on a parlé de déposer un projet de loi pour interdire le véganisme aux mineurs, mais cela ne s’est pas fait. En 2011, en France, on a jugé un couple dont la fille de 11 mois était morte de faim suite à un régime vegan, absurde pour un bébé.

Pour n’importe quel autre problème, nous lirions, dans tous les médias français, des articles indignés et enflammés exigeant que notre gouvernement légifère et prohibe le véganisme pour les enfants au nom du fameux principe de précaution. Et cela serait sans doute la voie de la sagesse, même s’il faut se méfier de ce principe de précaution qui, trop souvent, annihile le progrès. Mais le véganisme est un concept bien-pensant, donc inattaquable : ce régime est à la mode, prétendument bon pour la planète. C’est tout juste si nous ne sommes pas sommés par les bien-pensants de l’adopter.

S’il est, comme ses détracteurs le prétendent, dangereux pour les enfants, il faudra sans doute vingt ans et un grand nombre de petites victimes pour que sa nocivité soit enfin universellement reconnue. Les experts qui dénoncent le véganisme sont systématiquement accusés d’être à la solde de l’industrie agro-alimentaire et d’avoir des liens d’intérêts (souvent réels) avec des firmes de ce secteur ; ces accusations récurrentes et en partie fondées font tourner court tout débat scientifique. Au lieu d’un échange d’arguments fondés sur la science, vérifiables et réfutables, on assiste à une sanctification d’essence religieuse et quelque peu totalitaire du régime vegan. Tout cela est bien regrettable et il faut espérer que, dans vingt ans, une crise sanitaire d’envergure ne sera pas déclenchée par la propagation du véganisme.

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