Editoriaux - 17 avril 2019

Avec Odon Vallet, c’est Notre-Dame qui vous le dit : « Donnez – aussi ! – pour vos petites églises »

En juin 2017, voilà moins de deux ans donc, j’avais posté sur ce site un papier que me rappelle aujourd’hui un ami de Boulevard Voltaire. Furieuse, j’écrivais : « La France, candidate à tout, n’a pas 100 millions pour restaurer Notre-Dame ! »

À peine sorti d’une campagne électorale désastreuse par ses rebondissements, notre pays – et tout particulièrement Paris – se lançait, en effet, dans une course effrénée aux événements grandioses : candidate à la Coupe du monde de rugby de 2023, candidate aux Jeux olympiques de 2024 et candidate à l’Exposition universelle de 2025 !

On me dira qu’il faut être ambitieux, mais j’y voyais plutôt le signe d’une mégalomanie suicidaire à la tête de la mairie de Paris, si ce n’est de l’État. On jonglait déjà avec les milliards alors, écrivais-je, qu’il y a « un monument du XIIe siècle, au cœur de Paris, qui, rongé par l’âge et la pollution, est en train de s’en aller en morceaux ». Détails sinistres : « La cathédrale Notre-Dame de Paris, cette vieille dame qui nous toise de sa flèche, a fêté ses 850 ans en 2013. On lui a alors offert de nouvelles cloches, restauré le grand orgue. Il n’empêche qu’elle va mal : le chœur, les arcs-boutants de la nef, les vitraux, le portail du transept, le chemin de ronde, la sacristie s’en vont en morceaux. Une gargouille a perdu sa tête, tombée au sol, remplacée par un tube en PVC. L’eau s’infiltre sous la chape de plomb de la flèche et ronge la charpente de chêne – d’origine ! L’architecte des Bâtiments de France l’assure : la prochaine tempête fera s’écraser les vitraux dans la nef… »

L’incendie a failli s’en charger.

On estimait, alors, le coût des restaurations à 100 millions d’euros, « c’est-à-dire rien, une bagatelle dans l’océan des dépenses évoquées plus haut ». Des fonds qu’on disait ne pas pouvoir trouver ici, dans notre pays, alors l’archevêque de Paris lançait une collecte outre-Atlantique, espérant qu’une fois encore, « les amis américains de la culture française » sauveraient l’un de nos monuments en péril. Et, comme d’habitude, comme toujours, ces Américains-là avaient répondu. C’est ce chantier qui venait de démarrer et dont il ne reste plus que l’échafaudage au-dessus du vide.

Ce mercredi matin, 36 heures après le sinistre qui a mutilé Notre-Dame, les promesses de dons pour la reconstruction de la cathédrale atteindraient le milliard d’euros. Si l’on continue à ce rythme, non seulement on pourra la reconstruire « avant les Jeux olympiques », comme le souhaite Anne Hidalgo, ou « plus belle qu’avant », comme en fait le vœu le président de la République, mais peut-être même la couvrir d’or…

Pouvoir des images et de l’émotion, bien réelle, qui nous a tous saisis, les grands patrons, les fortunes célèbres, les élus, les sans-grade et les obscurs… chacun veut mettre sa pierre ou sa poutre à l’édifice.

Mais une petite voix s’est élevée dans ce concert de bonnes intentions. C’est celle de l’historien des religions Odon Vallet qui, sur le site du Dauphiné, lance cet appel : à tous les maires, députés, présidents de conseil général, etc., qui annoncent vouloir prendre sur leur budget pour offrir à Notre-Dame, je dis : « Gardez vos sous pour les bâtiments de votre commune, de votre département, de votre région, notamment des églises en très mauvais état et qui parfois menacent ruine. » Parce qu’elles sont nombreuses, ces églises de campagne qui, « si l’on n’agit pas rapidement, vont disparaître ». « Je crois qu’il ne faut pas oublier, comme l’ont montré les gilets jaunes, que la France rurale, la France des “gens de peu” en langage de romancier, c’est-à-dire une France qui a très peu de moyens, celle dont on ne parle jamais, qui ne casse rien… cette France-là a besoin d’argent pour ses monuments religieux qui sont menacés », dit Odon Vallet.

Alors oui, la gloire restaurée et le rayonnement de Notre-Dame, mais aussi l’âme des églises de campagne…

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