Editoriaux - Environnement - 17 avril 2019

Quand Hollywood s’invite à l’Élysée…

Cela commence ainsi, sur une musique lugubre et des images terrifiantes qui plongent le spectateur à l’époque du Moyen Âge : « Une grande menace pèse sur l’humanité. Nous devons nous battre. Nous battre pour endiguer cette menace qui monte et nous unir tous pour lutter contre le vrai mal. Le seul qui doit unir l’humanité… »» Des scènes de Game of Thrones pour planter le décor et seulement une voix off, sous-titrée, pour ce mini-film gouvernemental de 48 secondes. Ce clip, avec des scènes aussi glaçantes les unes que les autres, aurait pu avoir comme chute finale, au vu de la récente déclaration de Mme Nathalie Loiseau et du leitmotiv de la gauche et la droite unies pour la bonne cause : le Rassemblement national… Eh bien, non ; la voix off est celle de Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, qui apparaît à la fin du clip, accusant (tenez-vous bien) le réchauffement climatique… Diantre !

Nous voilà à demi rassurés et cette mise en scène pourrait prêter à sourire si, derrière celle-ci, ne se cachait pas la volonté du gouvernement d’ériger en religion d’État le climat, ou plus exactement la régulation du climat, pour des raisons économiques. Et, de ce point de vue, le choix de la série américaine retire tout doute possible, tellement les références religieuses sont omniprésentes. Tout d’abord, on joue sur la peur : le mal est représenté par une créature hideuse et effrayante mais, heureusement, il y a un sauveur qui écartera cette menace pesant sur l’humanité, à condition de nous unir pour lutter contre le mal. Pourquoi le climat ? Tenter de réguler le climat reviendrait à devenir le maître incontesté du monde, tant les retentissements pourraient impacter nos vies quotidiennes sur toute la planète, car aucun pays ne pourrait y échapper. Et pourquoi pas, pour la bonne cause, prendre des mesures invasives, voire totalitaires ? Pour ce faire, il convient de nous expliquer que les écarts de température ne sont pas normaux, d’autant plus que ces écarts s’accentuent d’année en année et peuvent paraître contradictoires avec des hivers de plus en plus rigoureux et des étés de plus en plus secs et chauds. Comme si le climat tellement déréglé ne savait plus où donner de la tête. Il convient, ensuite, de démontrer que l’activité humaine en est la cause en nous faisant culpabiliser pour nous faire accepter les mesures les plus drastiques qui soient. Puis, enfin, il faut agir, par exemple en réduisant considérablement les émissions de CO2 (gaz carbonique), puisqu’il faut frapper fort, tant la situation est catastrophique. On tente d’instaurer, entre autres, la taxe carbone. Or, pour pouvoir agir sur la hausse des températures, il convient avant tout d’analyser les données sur une très longue période et sur l’ensemble du globe, puis identifier les causes du réchauffement climatique avant de se prononcer sur les mesures adéquates et prendre des décisions politiques à la hauteur des enjeux. Il est certain, en revanche, que la dégradation manifeste et généralisée de notre planète et de ses ressources réclame un changement à 180 degrés de nos modes de consommation et nos schémas de développement économique. Il est urgent de replacer l’homme et son environnement – à son échelle – au centre de la sphère économique et politique afin de les protéger et préserver les générations futures. Alors, s’agissant du climat, pour remporter l’adhésion du public, il fallait bien sûr viser haut, marquer immédiatement les esprits, et Game of Thrones remplit parfaitement son rôle… Brune Poirson peut bien nous faire son cinéma !

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