Accueil Editoriaux Ave Césaire ? Benoît Hamon pas trop Aimé…

Ave Césaire ? Benoît Hamon pas trop Aimé…

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Sont-ce les effets conjugués de la traditionnelle douceur climatique antillaise, du lyrisme caribéen ou du rhum Trois Rivières ? Toujours est-il que , pourtant Breton de l’espèce austère, s’est laissé aller, lors de sa récente visite en Martinique, à une emphase verbale toute locale.

Figure obligée, devant une salle modérément remplie, il en a donc appelé à la figure tutélaire du poète Aimé Césaire, « source inépuisable d’inspiration ». Lequel, dans un poème demeuré célèbre, s’en prenait aux « souffleteurs de crépuscule » et autres « assassins d’aube ». Ces forts belles strophes ne concernaient évidement pas le bulletin météo et autre « aube », grecque et dorée, mais « ceux qui veulent empêcher que le soleil éclaire le destin des citoyens ». Certes.

À l’évidence, le rhum est le nectar de nos Antilles françaises, mais l’herbe qui y pousse – excellente, à en croire les connaisseurs – y est plus souvent fumée que broutée. C’est donc un Benoît Hamon en état de quasi-apesanteur rastafarienne qui assure que ces « assassins d’aube » s’appellent « Trump aux États-Unis, Erdoğan en Turquie, Kaczyński en Pologne, Orbán en Hongrie et Le Pen en France… » Après quelques applaudissements polis, personne, dans l’assistance, n’a dû véritablement saisir le rapport, si ce n’est qu’aujourd’hui, Aimé Césaire est devenu passage obligé pour les politiciens de visite, quitte à tous l’enrôler sous leurs bannières respectives et à lui faire dire ce à quoi il n’avait même pas forcément pensé.

Tenez, Christiane Taubira, le 3 janvier 2014 dans Le Huffington Post, en appelait déjà aux mânes d’Aimé Césaire, dans une tribune intitulée « Ébranler les hommes » – prière de ne pas rire trop fort, cela pourrait donner des idées grivoises à ce cher Laurent Gerra. Là, il était question d’un autre « assassin d’aube », l’humoriste Dieudonné, qualifié « d’antisémite multirécidiviste » et de « pitoyable bouffon ». Christiane Taubira sera décidément toujours imbattable dans le registre de l’humour involontaire.

« Assassins d’aube », le bon concept que voilà, recyclé à l’infini par madame « le » ministre, sachant que le 27 janvier 2016, dans sa dernière allocution de garde des Sceaux, elle l’appliquait à ce « péril terroriste auquel il ne faut concéder aucune victoire, ni militaire, ni diplomatique, ni politique, ni symbolique ». Aussi grave que le péril dieudonnique : la menace de l’État islamique, si l’on comprend bien ; à moins qu’il ne s’agisse d’un humour typiquement guyanais.

Pas de chance ; en mars 2005, alors que le même Dieudonné, en tournée en Martinique, est agressé à l’aéroport de Fort-de-France par quatre nervis de la Ligue de défense juive, qui vient au secours du toujours ami d’Élie Semoun ? Aimé Césaire, pardi, qui, à propos du trublion, déclare : « Il est jeune, il va à l’essentiel, il a mon soutien. […] Il est la jeunesse, l’avenir et cela me réconforte. » Comme il va de soi, certains proches du poète – de peur de perdre leurs subventions ? – ont prétendu qu’Aimé Césaire « ignorait tout de l’humoriste ».

Ah bon, on ignorait que les Antilles étaient privées de téléphone, de radio, de télévision, de livres, de journaux et d’Internet. Ce n’est pas bien, surtout en cette France ultramarine, d’exciper de la prétendue sénilité des ancêtres pour capter leur héritage…

Plus cool et joviale était, finalement, l’attitude d’un certain Jean-Marie Le Pen qui, durant sa dernière campagne présidentielle de 2007, affirmait en substance à propos du défunt : « C’est un grand poète français, dont l’écriture rappelle celle de Mallarmé. Nous n’avons pas forcément les mêmes idées. Mais en matière de littérature, peu importe les sentiments, seule compte la qualité de l’écriture. Je m’étonne qu’il n’ait jamais été admis à l’Académie française. »

La prochaine fois que Benoît Hamon enrôle un poète dans sa campagne, pourquoi ne pas opter pour un versificateur plus en adéquation avec son parti. Grand Corps Malade, par exemple ?

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